8
le 17 mai 2013
SuivreLa comédie humaine
La Rabouilleuse fait partie de cet immense ensemble de romans fleuve que nous a légué Honoré de Balzac. L'idée lui était venue de comparer l'humanité à son animalité. Le but est atteint, la...
Dire que je suis loin d'avoir lu toutes les œuvres composant La Comédie humaine relèverait du plus grand euphémisme, mais je ne pense pas trop m'avancer en écrivant que Philippe Bridau et Maxence Gilet méritent de figurer dans le top du top des plus grosses enflures balzaciennes. Deux personnages qui, s'ils étaient nés quelques années plus tôt, auraient pu vivre plus longtemps le souffle de l'épopée napoléonienne, trouver pleinement une raison de vivre à combattre dans la crasse, la poudre et le sang des vastes champs de bataille européens, y devenir de glorieux héros, voire y mourir pour éviter les désillusions cruelles de la Restauration. Hélas pour eux et pour leurs victimes, ce n'est pas le cas. Résultat : l'un se laisse aller à ses mauvais penchants dans l'immobilisme d'une ville de province, l'autre les assouvit dans la frénésie parisienne.
La Rabouilleuse est une véritable saga familiale, s'étendant sur près d'un demi-siècle. Certes, l'ensemble se concentre principalement sur l'histoire de deux frères, qui n'ont de point commun que d'être frères, à savoir le déjà présenté Philippe et Joseph, peintre naturellement talentueux, fils d'un caractère dévoué, aimable et naïf. Mais on a tout de même le temps de faire connaissance avec plusieurs générations dans cet arbre généalogique.
De tout ceci ressort le meilleur de l'auteur. Quand Honoré de Balzac s'égare dans le mystère, l'action et l'épique, quand il empiète sur les plates-bandes d'un Alexandre Dumas, son univers, se voulant vraisemblable, tourne très vite au ridicule. Mais quand il se concentre exclusivement sur les manigances financières, sur la mécanique des sentiments humains, sur les manipulations de la société, que ce soit pour élever l'un de ses membres ou, au contraire, en détruire un, Balzac est un géant. Et le roman que je suis en train de critiquer ici en est un très bon exemple. À ceci s'ajoute un beau sens de l'ironie, qualité habituellement loin d'être absente chez l'auteur, mais particulièrement présente ici.
Ainsi, le personnage féminin qui donne son surnom au titre du livre a un côté sublime, un brin énigmatique quand on n'a pas encore débuté l'ouvrage. Cela fait un peu rêver. Résultat des courses, quand on saisit à qui on a affaire, on s'aperçoit qu'il ne s'agit que d'une bécasse cupide d'une très grande médiocrité. Ainsi, Joseph, bonne pâte pas franchement gâtée par la nature et sincèrement passionnée par son art... bref, tout ce que la société superficielle déteste... va finir par connaître un sort pour le moins étonnant.
Ah oui... surprise pour le moins très inattendue pour un Balzac, on ne démarre pas par une description de plusieurs dizaines de pages sur tel décor ou telle ambiance. On commence direct. On ne perd pas de temps. Ce n'est qu'une fois qu'on a quitté Paris avec deux des protagonistes que l'autre cadre important de l'histoire, la ville d'Issoudun, nous est présenté, rendant son introduction, telle celle d'un personnage à part entière, encore plus percutante.
Ben, en résumé, je crois que je n'avais rien lu d'aussi bon de cet immense homme de lettres depuis Le Père Goriot. Il y a tout ce que l'on attend d'un très bon cru balzacien (notamment une intrigue vraisemblable animée par des personnages marquants vraisemblables !), Le tout, avec suffisamment de surprises sur la forme comme sur le fond pour donner au roman une personnalité bien à lui.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs livres d'Honoré de Balzac, Classement de mes lectures en 2026 et Carnet de bord 2026 (livres)
Créée
le 2 juil. 2026
Critique lue 84 fois
8
le 17 mai 2013
SuivreLa Rabouilleuse fait partie de cet immense ensemble de romans fleuve que nous a légué Honoré de Balzac. L'idée lui était venue de comparer l'humanité à son animalité. Le but est atteint, la...
8
le 21 févr. 2024
SuivreCe roman est intéressant à plusieurs titres. D'abord, il relate ce qu'on appellerait aujourd'hui une saga familiale. L'action commence vers 1792 en pleine Révolution, se poursuit sous l'Empire pour...
8
le 21 nov. 2020
SuivreOn connaissait le roman fleuve, le roman-photo, le roman-feuilleton…, la Rabouilleuse est quelque chose comme un roman-terrine. On peut y découper des tranches, elles auront toutes la même...
8
le 18 janv. 2023
Suivrele 18 janv. 2023
L'histoire du septième art est ponctuée de faits étranges, à l'instar de la production de ce film. Comment un studio, des producteurs ont pu se dire qu'aujourd'hui une telle œuvre ambitieuse avait la...
3
le 1 juil. 2024
SuivreIl n'y a pas de bonne ou de mauvaise adaptation, il y en a des fidèles et d'autres qui s'éloignent plus ou moins du matériau d'origine. Et la qualité d'un film, issu d'une adaptation...
3
le 20 juil. 2023
SuivreChristopher Nolan est un putain d'excellent technicien (sachant admirablement s'entourer à ce niveau-là !). Il arrive à faire des images à tomber à la renverse, aussi bien par leur réalisme que par...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème