Que voici un roman de fantasy rafraîchissant.
La Rage des Dragons aurait pu être un récit de fantasy lambda (et il l'est en partie), mais il a pour lui de proposer un cadre dépaysant, en choisissant un peuple de noirs, dans une société qui rappelle beaucoup le peuple Zoulou (par son hyper militarisation et son système de castes et de classes d'âges notamment), le tout agrémenté d'une bonne dose de magie, évidemment, de dragons et d'un héros que j'ai trouvé globalement détestable (mais on y reviendra).
J'ai cependant beaucoup aimé ce roman, malgré son héros. L'histoire se déroule donc au sein du royaume des Oméhis qui ont quitté leur pays d'origine (devenu invivable, car envahi par les démons) pour s'établir, à la force des armes, sur une nouvelle terre dont ils ont massacré et repoussé les habitants originels, notamment grâce à leurs dragons. Deux cents ans plus tard, la guerre fait toujours rage entre les deux peuples, et la société oméhie est toute tournée vers la guerre, chaque classe d'âge apprenant à manier les armes, et les meilleurs éléments intégrant les corps d'armées les plus prestigieux.
Dans ce riant contexte, on va suivre les pérégrinations du jeune Tau qui, pour venger la mort des siens, décide de devenir le plus grand guerrier de son peuple (malgré son extraction modeste) et de tuer un à un ceux qui lui ont fait du tort (et qui ne sont pas forcément ceux qu'on pourrait croire).
Voilà pour le pitch "à la truelle". Intéressons-nous donc aux qualités de ce roman. Si le cadre "africain" est dépaysant et bien campé, on reste tout de même sur des schémas narratifs classiques en fantasy : guerre éternelle entre deux peuples qui se haïssent, un héros en quête de vengeance, une magie dangereuse pour ses pratiquantes (oui, la magie est réservée aux femmes dans cette société).
Heureusement, l'écriture vient sauver ce roman de l'intrigue ronronnante dans laquelle il aurait pu se vautrer. Car c'est très, très bien écrit. De bons dialogues, de bons personnages, mais surtout, surtout, un vrai talent pour les scènes de combats (et il y en a quelques-unes). Les scènes d'arènes et de combats de groupes sont vraiment très dynamiques, nerveuses et très cinématographiques mêmes. Mais et ce héros détestable alors ? Et bien j'y viens.
On va le dire sans fard, la société oméhie est quasiment fasciste (je dis quasiment par ce que si idéologiquement, on y est, la reine elle, est présentée sous un jour relativement clément et que son opinion à elle n'est pas claire à ce stade de la série), avec son système de castes qui génère inévitablement une domination des inférieurs et son projet national n'ayant d'autre horizon que l'éradication du peuple ennemi. Or, nous lecteurs sommes placés de facto aux côtés d'un protagoniste qui a grandi dans ce contexte et pour qui tout cela est normal (au moins au début).
Tau, notre héros, est un donc un jeune homme qui, s'il est révolté par ce qu'il voit et comprend de sa société, ne manque pas de mauvais côté. Sa quête de vengeance va le pousser à un dépassement de soi qui va s'accompagner d'une haine et d'un mépris pour les "faibles", l'amener petit à petit à se comporter en parfait petit mascu misogyne avec son amour de toujours. Bref, j'ai trouvé le personnage détestable pendant plus de la moitié du texte.
Mais attention ! Ce n'est pas un défaut pour moi. Je pense même au contraire que c'est le but recherché, et que c'est très réussi. Car Tau est jeune, ne connaît rien à la vie, et se comporte souvent de manière péremptoire, s'enfermant dans des postures stupides par pur esprit de contradiction ou par orgueil.
Après, je force le trait à dessein. Tau n'est pas continuellement un insupportable connard. Il a des fulgurances et des instincts plus humains qui semble relégués au second plan. On sent que le personnage de Tau va être amené à évoluer, que ces pires travers sont aussi dû à son inexpérience. Par contre, si dans les tomes à venir, Tau reste le petit incel proto-fasciste qu'il est par moments dans le roman, ce serait scandalex
Ce premier tome est en tout cas très alléchant, prometteur pour la suite, et j'ai quand même hâte de voir où tout cela nous mène.
PS : avec tout ça, je m'aperçois que je n'ai même pas parlé des dragons, qui sont pourtant un autre point intéressant et original de cet univers. Les dragons sont des créatures très puissantes, sauvages et incontrôlable. ou plus exactement, il faut pour les contrôler des mages spécialisées qui meurent (littéralement) se faisant. Une arme à double tranchant donc qui, si elle permet de gagner des guerres, est aussi une menace pour les gens qui l'emploie puisque si toutes les mages qui contrôle un dragon meurent, celui-ci se libère et tue tout le monde, sans distinction.
Bref, un roman foisonnant, très bien écrit, et dont je lirai la suite un jour, c'est certain.