Ce que révèle d’abord "La Révélation", premier roman autopublié de Chris Chauvin, c’est qu’une nouvelle autrice est née. Et la première chose que j’ai à dire sur son roman est qu’il est très bien écrit et que son propos est intelligent. C’est d’ailleurs sans étonnement excessif que je fais ce constat, Chris Chauvin ayant habitué depuis de longues années le lectorat de Babelio à la qualité de sa plume et à la profondeur de sa pensée analytique.


"La Révélation" est un roman qui a du chien, au propre comme au figuré. Dans une double dimension narrative à la fois réaliste et anticipative, le lecteur est invité à découvrir l’univers moscovite d’un carrossier bourru au franc-parler, Vadim Arkadiévitch, et de ses deux chiens : Zamiatine, une femelle caniche, et Dostoïevski, un mâle teckel.


Vadim, inventeur à ses heures, a mis au point une machine dont il ignore l’étendue des possibilités, parmi lesquelles celle de révéler à la gent canine ses capacités cognitives et sociologiques insoupçonnées. Or un beau jour, un peu comme Adam et Eve désobéissant à Dieu en goûtant au fruit interdit de l’arbre de la connaissance du Bien et de Mal, les deux compagnons à quatre pattes manipulent ce "révélateur" et se découvrent des aptitudes et un libre-arbitre de nature à transformer leur condition et leur existence - ou les conditions de leur existence. A partir de là, le roman se déroule en une quête sociale et politique d’émancipation vis-à-vis de l’homme dominateur – voire oppresseur.


"La Révélation" apporte de mon point de vue moins d’évasion et d’action que de réflexion philosophique et politique ; c’est un roman qui fait réfléchir et le recours à l’anthropomorphisme ne sert en réalité qu’à accentuer les juxtapositions possibles entre condition humaine et condition animale.


Après quelques difficultés à véritablement entrer dans le récit - ce qui équivalait pour moi à surmonter ma cynophobie et mon aversion pour les odeurs animales de toutes sortes, ici très présentes – mon intérêt s’est essentiellement porté sur la dimension intellectuelle du propos.


Contrairement à d’autres lecteurs, je n’ai pas fait de rapprochements avec "La ferme des animaux" de George Orwell pendant ma lecture car il s’agit ici de l’organisation d’une seule et même espèce (bien que racialement diversifiée) ; j’ai plutôt assisté avec attention à l’évolution de la conscience sociale et du contrat sociétal qui émergent chez les chiens, à la hiérarchisation et aux rapports de force qui s’installent inévitablement, ainsi qu’au sens profond de la domination par les hommes du monde animal (entre autres). C’est surtout les relations entre chiens et hommes qui ont donc attisé ma curiosité et maintenu mon intérêt.


Le chien - comme le cheval - est considéré comme le meilleur ami de l’homme et il est réputé pour sa fidélité et sa fiabilité, peut-être même pour son "humanité" pourrait-on dire. Mais après tout, ne décelons-nous pas beaucoup d’intelligence, de logique et de pragmatisme chez tous les animaux, de la fourmi à l’éléphant ? Pourtant, on peut à la fois éprouver de la tendresse et de la crainte face à un chien, descendant du loup dont on craint tout autant la prédation que la symbolique. A travers la construction sociétale des chiens, qui va au-delà de la meute, il est intéressant de voir que c’est davantage les interactions avec les humains que la sociabilisation des chiens entre eux qui sont complexes, et que lorsque des tensions entre chiens émergent, c’est la plupart du temps au sujet des hommes.


"Ecoutez-moi […] : vous êtes d’accord que nous voulions libérer les chiens d’une oppression, pas en créer une nouvelle, n’est-ce pas ?" Ainsi parlait Zamiatine avec sagesse, discernement mais également naïveté et idéalisme. Avec le zèle caractéristique des convertis, Zamiatine et "Dosto" nourrissent chacun le grand espoir d’un épanouissement personnel et communautaire qui va se heurter à bien des obstacles et épreuves. De ce point de vue, "La Révélation" peut aussi être vu comme un roman initiatique. Mais on peut aussi y voir une réflexion profonde sur ce qu’est la domination d’un groupe sur les autres groupes ; ou encore une illustration du combat (éternel ?) pour l’hégémonie du plus fort.


"La Révélation" est un roman assez cérébral derrière son abord fantaisiste d’aventures canines. Une profondeur qui classe d’emblée Chris Chauvin parmi les écrivains pour lesquels écrire est d’abord une entreprise riche de sens.

Gwen21
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le 6 mars 2026

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