Pénétrer un cycle romanesque par son vingt-troisième tome devrait être la définition même d'une mauvaise idée. Par chance, les romans de la série Roderick Alleyn, qui mettent en scène un inspecteur de Scotland Yard, sont suffisamment indépendants les uns des autres pour qu'il soit possible de prendre le train en marche.
Il est ici question d'une enquête relativement banale, que l'inspecteur Alleyn, pourtant en vacances, accepte galamment de mener puisque son ancien professeur de français, une vieille effrontée fort irritante, est — pour ainsi dire — responsable de toute l'affaire. La première partie du livre voit défiler une dizaine de personnages (peu intéressants, soit dit en passant), habitants et vacanciers sur une presqu'île où une cascade miraculeuse guérirait les maladies les plus vicieuses grâce à la bonté d'une certaine « Dame verte ».
Après moult renseignements fournis sur tel ou tel personnage, survient enfin la mort tant attendue, alors même que l'intérêt du lecteur pour l'histoire va faiblissant. Hop, hop, l'inspecteur débarque ; hop, hop, le meurtre est résolu. Il n'y a ni suspense, ni révélation fracassante, ce n'est qu'une étude des mœurs îliennes. Très en deçà, par exemple, des intrigues policières proposées par de grands noms britanniques (mais peut-être ai-je débuté par le mauvais tome).