La supplication est peut-être le livre le plus poignant que j'aie lu, certains témoignages sont difficiles à encaisser et on ressent un profond sentiment d'injustice : pourquoi ces personnes ont-elles dû endurer de telles souffrances ? Comment peut-on supporter une telle horreur ?
Bouleversé, j'ai voulu me renseigner sur Alexievitch pour aller plus loin. Il ne m'a pas fallu longtemps pour tomber sur l'article de deux universitaires français (Galia Ackerman et Frédérick Lemarchand) qui se sont interrogés sur la valeur des témoignages qu'on peut lire dans différents ouvrages de la journaliste biélorusse.
J'ai d'abord cru à une classique attaque de sympathisants communistes qu'on peut retrouver à l'encontre de certains ouvrages peu flatteurs avec l'URSS, mais la lecture de l'article des deux universitaires est éclairante : Alexievitch ne retranscrit pas des témoignages, elle les modifie pour coller à son projet littéraire.
Les deux universitaires, qui ont pu écouter l'audio de certains témoignages, rapportent que Alexievitch a tendance à glisser ses propres interventions dans les "monologues" de ses témoins. Elle ne se prive pas non plus de modifier certains témoignages au fil des rééditions de ses livres. On peut considérer que ce n'est pas si gênant, que le message est préservé, mais ça change la nature de l'oeuvre en fragilisant son authenticité.
En poursuivant ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher de douter des propos rapportés, pas tant sur les événements racontés que sur la façon qu'ont les témoins de les raconter : Alexievitch cherche à susciter l'émotion et le fait très bien, sans doute au détriment de la fidélité au déroulé de ses entretiens.