Et si le style était de frapper d'une phrase ce que d'autres étaleraient sur des lignes ? De condenser le réel et le palpable en une économie salutaire de mots ? L'une a cru, l'autre a profité, écrit Izza Amar pour décrire les deux cinquantenaires qui servent de parents à l'Abdele et à l'Adèle du récit. En cette poignée de mots elle croque les contours sociologiques de cette famille déchirée d'une Algérie encore troublée des miasmes coloniaux.
Le lecteur oscille. Abdele moderne, a-traditionnelle, fluide. Adèle obéissante, calme, obligée. Cette bicéphalité faite fratrie, au féminin, tricote les contours d'un pays ravagé, en pleine gueule de bois des idéaux où l'on sacrifie les moutons pour l'Aïd vêtue d'un t-shirt des Pink Floyd.
Et derrière les destins croisés de ces deux jeunes filles, Izza Amar trace les lignes d'un pays en mutation, laissé exsangue par le Ténia-colonialiste et sitôt ravalé par l'hydre capitaliste. Double mouvement esquissant en parallèle le destin d'un grand petit livre (le premier de son autrice, et le premier des bien nommées et décidément à suivre éditions Cause Perdue), à se procurer dans les bonnes crèmeries parait-il.
PS : n'oubliez pas de faire un tour sur la chaine YouTube de Cause Perdue, qui permet de rallonger la lecture d'une bonne dose de drôlerie mais pas que...