Claire, une jeune fille sous l’Occupation, est chargée de faire le lien avec un homme de la résistance. C’est elle qui tape parfois avec sa machine à écrire les messages qu’il doit transmettre. Mais un jour, « Blanche » (le pseudonyme de cet homme) ne se présente pas chez elle au rendez-vous.
La procédure exige qu’elle quitte les lieux. Elle choisit pourtant de rester. Prise par la peur de ne plus jamais revoir cet homme et d’être peut-être aussi arrêtée à son tour, elle s’empare de sa Royal avec quarante-neuf touches pour taper toute la nuit la vie qu’elle imagine avec cet homme. Elle en est amoureuse depuis le premier jour de leur rencontre.
La narration oscille entre le passé de Claire et le futur rêvé avec cet homme, tout en revenant de temps à autre au présent pour nous rappeler cette course contre la montre : écrire une vie entière en quelques heures.
Timothée de Fombelle écrit un livre éclair fait pour être lu vite. Les phrases sont courtes et les transitions sont volontairement omises. Le rythme du récit en est grandement accéléré et nous fait ressentir l’écriture haletante de Claire que l’on imagine taper frénétiquement sur sa machine à écrire.
Son personnage est attachant par certains souvenirs ou certaines projections qu’elle dépeint avec lyrisme. Néanmoins, même dans ces moments-là, le style reste laconique, presque télégraphique — sans doute comme les messages qu’elle pouvait taper pour Jean —, mais une certaine douceur dans les images et le choix des mots permet d’approcher la sensibilité de cette jeune fille et de s’y attacher un peu.
L’idée d’un livre « coup de poing » me semble réussie. Mais, si le récit désordonné des projections et des souvenirs de Claire réussit à donner un effet de course contre la montre, il n’y a pas suffisamment de construction narrative pour être emporté dans l’histoire. On pourrait presque dire qu’il s’agit d’élucubrations du personnage, étalées de la première page à la dernière, pas suffisantes pour donner de la consistance au récit. Finalement les paroles de Claire s’évaporent au fil de la lecture dans ce monologue précipité et on a du mal à s’attacher aux personnages qui sont présentés, à commencer par l’adoré de Claire lui-même.
Reste que La vie entière exploite une belle idée narrative et le livre est traversé tout au long par un subtil parfum de nostalgie.