Mehdi Bayad, jeune auteur français, créateur multi-format d’un déjà assez bon nombre de fictions, nous livre son tout premier roman : Le Bâtiment. C’est dans un milieu dystopique que cette histoire se déroule, sans surprise, car dans l’univers parallèle où tout tourne très mal, son imaginaire semble trouver sa pleine mesure.
Le pitch ? Un personnage sans nom se retrouve sur une île mystérieuse après une dispute violente avec son partenaire. Bien sûr, le séjour sur cette île lui réservera une panoplie d’événements inquiétants.
À première vue, l’ossature narrative de cette histoire pourrait nous sembler très simple, voire familière. Le véritable exploit de l’auteur se trouve notamment dans la manière dont cette histoire est livrée au lecteur. C’est là où je trouve que la magie opère finement. Comment ça marche ? Eh bien, tout au long du récit, Mehdi s’imposera (et nous imposera) toute une série de « bâtons dans les roues » narratifs à plusieurs moments, et de plusieurs manières, l’obligeant à maintenir le suspense dans l’inconfort créatif. Ces handicaps prennent la forme de récits racontés uniquement par SMS, conversations inaudibles donc avec peu de mots lisibles, passages racontés sous la forme d’un script théâtral et j’en passe. Cette autoflagellation créative termine par créer un récit tout à fait unique, divertissant et tordu à la fois.
À partir d’ici, c’est très simple, on adhère ou on n’adhère pas au concept. Un moyen simple de profiter pleinement de cette histoire serait d’adopter une position de lecture démunie de toute suranalyse intellectuelle et tout simplement se laisser porter par le caractère ludique du texte. Autrement dit, se prêter au jeu de manière libre. Parce qu’au final, ce roman nous parle de ça : d’un jeu dans le sens "tridimensionnel" du terme.
Sans cet état d’esprit, on risque peut-être de passer un mauvais moment à juger, par exemple, les quelques abandons temporaires des paris osés que l’auteur prend, mais qu’il doit laisser tomber de temps en temps pour rendre la lecture digeste.
Personnellement, cette prise de conscience m’est venue dans le premier quart du livre et, à partir de ce moment, j’ai vraiment savouré cette histoire lugubre.
Il est important de saluer aussi les nombreux échos pertinents que Mehdi fait à notre triste réalité : la relation malsaine à la recherche frénétique de bonheur, le formatage social, la manipulation en couple, la société de divertissement dans un usage d’endormissement collectif… Tous imprimés intelligemment et pertinemment dans le récit.
Je vous recommande donc vivement ce bouquin, mais je vous recommande surtout de ranger tous vos a priori et de profiter d’un pas-si-agréable-que-ça séjour sur une île mystérieuse, près de la côte belge.