Quel ovni que ce Bois Duncton... Conseillé par une amie libraire, je me suis laissé tenter par cette proposition pour le moins originale : une histoire avec des taupes. Bien que le postulat pourrait prêter à rire, il n'en est rien. Le récit se veut mâture dès les premières, et surtout poétique. C'est exactement le mot qui me vient à l'esprit quand je repense à ces heures de lectures paisibles et en même temps âpres et haletantes. On y suit le destin de Brin-de-Fougère, une toute jeune taupe qui va se dresser contre la tyrannie instaurée par le terrible Mandrake. Au travers des nombreuses galeries souterraines, des terriers et des collines enneigées, l'auteur nous fait vivre une véritable épopée. D'abord émotionnelle et sensorielle. Chaque goutte de pluie, chaque froissement de feuille nous est retranscrit à la perfection, rappelant parfois la douceur de la plume de Tolkien.
En contrepartie, les aventures que vivent les personnages sont souvent cruelles, parabole maligne et intemporelle des excès du pouvoir... et donc de l'homme. Vous l'aurez compris, ce Bois Duncton fut pour moi un coup de cœur, une ode à la bravoure, à la résilience et à l'amour, en plus d'être un texte remarquablement écrit, capable de disséquer les émotions de ses personnages et la mécanique infernale qui s'abat sur eux.
On ressort bouleversé de cette petite grande histoire. Peut-être un peu grandi aussi. C'est le propre des meilleurs livres. Je ne peux que vous conseiller à mon tour de plonger dans les aventures de Brin-de-Fougère, de Rebecca et de Boswell pour sentir avec eux l'humus des arbres, trembler devant la barbarie du monde animale et aimer passionnément son prochain.