Le Chant de Salomon narre l'épopée familiale de Laitier, fils perdu et passif d'une histoire transgénérationnelle qui le dépasse. Le récit met du temps à vraiment s'installer, et comme à son habitude, Toni Morrison construit un récit touffu et multicouches qui peut décontenancer. Où va-t-elle ? Je ne m'en suis pas trop préoccupée car je sais qu'elle est habile dans cet exercice, mais ça m'a semblé parfois labyrinthique. Ici l'imbroglio de récits entremêlent des péripéties qui semblent secondaires ou anecdotiques, mais aucune ne le sont en réalité, et toutes participent à la conclusion générale.
Les allusions oniriques s’entremêlent avec le folklore noir, et c’est toujours un vrai plaisir d’évoluer dans ce récit teinté de réalisme magique, quel qu'en soit l'issue. Les images de Toni sont toujours si bien amenées, son sens vif de l'évocation me charme à chaque fois !
Cette fois ci, j’ai mis du temps à percevoir le sens et l'intention, à voir ce qu’elle allait dessiner, tant plein d’esquisses étaient lancées, puis peu à peu précisées. Comme une image floue qui devient de plus en plus nette et dense. Il y’a un tel foisonnement de symbolismes, de jeux de miroir, de constructions avec la chronologie de récit, qu’on peut parfois se perdre ou trouver qu’elle en fait un poil trop. Il faut laisser le livre décanter pour comprendre sa grandeur formelle (quelle grande écrivaine, indépendamment de mon avis subjectif).
Le Chant de Salomon est un beau récit sur l'identité retrouvée, la quête initiatique de ces racines, la quête de liberté par la connaissance de ses racines... mais si c'est admirablement construit, je lui reproche juste (à mon tout petit niveau de lectrice pas Prix Nobel hein) d'avoir été un peu "maximaliste" dans sa construction ! Un peu d'épures aurait selon moi rendu cette belle histoire plus impactante.