Impression mitigée sur ce roman.
La volonté assumée est de revisiter le roman Je suis une légende, de Richard Matheson, mais en prenant cette fois-ci le point de vue d'un gorille, dernier de son espèce, qui cherche à échapper chaque nuit à ses poursuivants Humains.
L'idée est intéressante, à défaut d'être innovante, mais le projet ne convainc pas vraiment, la faute à un choix narratif bancal.
En effet, le récit alterne entre les passages narrés par Dikembé (le gorille en question), et des chapitres fournissant des informations sur l'état de la science en matière de primatologie. Et on tombe là pour moi dans un des écueils classiques de ce genre d'ouvrage qui se veut "vulgarisateur", et en oublie d'être un roman à part entière.
Ces "chapitres-insert" ralentissent la narration, coupe une lecture construite sans cela comme un véritable page-turner, avec des chapitres courts et rythmés.
Et c'est dommage du coup, parce que la partie romanesque sans cela est plutôt agréable et rend bien hommage à son illustre aîné (sans atteindre son niveau non plus, mais les réécritures le font rarement).
Je ne connais pas Cédric Sueur, mais je soupçonne plutôt un profil de scientifique ayant voulu présenter son travail de manière plus légère. Sauf que bon, mon expérience me prouve que ce genre de projet, ça fonctionne rarement en intégrant un appareil universitaire au sein d'un roman.
Je peux faire le même reproche à ce livre que ce que j'ai pu dire de L'invention de la mer récemment, ou de Feuillets perdus du journal de Charles Darwin, il y a un peu plus longtemps : à négliger la forme romanesque (que ce soit au profit du style, ou à des fins de vulgarisation), on accouche d'un ouvrage raté.
Ici, on peut être indulgent, car la partie fictionnelle est sympa (et bon, je suis conscient que mon amour des primates joue aussi), mais c'est quand même un peu roboratif.
Mon conseil pour les auteur·ices issu·es des sciences et souhaitant nous proposer des romans dans la veine de l'imaginaire sera donc le suivant : par pitié, avant de vous lancer, lisez des auteurs de hard-science ou même du Asimov tiens. Ces auteurs vulgarisent plus et mieux que n'importe quel ouvrage de vulgarisation lourdingue ne le fera jamais.
Et là, ça tombe sur Cédric Sueur, alors qu'au moins ici, on part d'une réécriture de Richard Matheson, bien digérée qui plus est, vu que la partie fiction fonctionne bien comme dit plus haut. Je m'excuse donc auprès de lui s'il lit un jour ces lignes (j'en doute), mais il prend un peu pour tou·tes celleux d'avant. Désolé.