"C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme” chantait Renaud. Il y a de cela dans le récit de cet intellectuel à la vie confortable mais fadasse qui se retrouve embarqué de force dans un navire en partance pour la chasse au phoque.
Jack London nous plonge dans les péripéties comme dans un tourbillon, nous ballotte comme un voilier pris dans la tempête. Heureusement, il nous donne le temps de faire connaissance avec les personnages et en particulier avec celui qui donne son titre au roman : le féroce, le nihiliste, le cruel (mais néanmoins beau gosse et lettré) Loup des mers.
Comme Stoker avec Dracula ou Stevenson avec Long John Silver, Jack London tient son méchant charismatique qui donne son sel au roman. Le personnage principal est bien pâlichon à ses côtés mais qu'importe, il sert de parfait contrepoint au terrible capitaine, permettant de rejouer la lutte entre la force et la morale, entre sauvagerie et civilisation, l'éternel sujet de l'auteur de L'appel de la forêt.
Mais quand le Loup des mers est hors-champ, le roman se met à dériver puis prend carrément l'eau quand pointe une amourette consternante de pudibonderie.
Le narrateur et une belle naufragée, perdus sur une ile déserte massacrent des phoques à la masse et les dépècent, tout en se regardant dans le blanc des yeux, incapables même d'un chaste baiser.
On dirait instagram où on peut écrire toutes les atrocités mais on ou se fait blacklister par l'algorithme à la moindre mention de bitte d'amarrage.
Bien ficelé, plein de fougue et d'audace, mais engoncé dans son puritanisme, le Loup des mers est après tout un roman américain.