Le Messie est mon roman préféré du cycle de Dune, car c'est celui dans lequel toutes les bases posées par le premier opus prennent réellement leur sens, et dans lequel Herbert va consciencieusement déconstruire le mythe de son héros qu'il avait érigé en sauveur de l'empire, parangon de justice, et figure messianique au secours des opprimés. Le premier roman avait largement préparé le terrain, mais il fallait lire entre les lignes, et sa suite va bien au-delà de ce qu'on avait pu deviner ou soupçonner.
Herbert avait aussi posé les fondations d'un univers plus large et complexe que les simples dunes d'Arrakis, et c'est dans cette suite que l'on prend la mesure de l'ampleur du vieil Empire, et de la complexité du jeu politique auquel se livrent ses factions les plus influentes : les sorcières eugénistes du Bene Gesserit, les navigateurs drogués à l'Epice de la Guide, les technocrates Ixiens, les énigmatiques Tleilaxu, et j'en passe.
C'est aussi dans cet opus que j'ai pris conscience de la beauté du style d'Herbert et son art du dialogue. Sans relâche, il confronte ses personnages dans des joutes verbales à 8 niveaux de lectures, dans lesquelles on passe moins de temps à lire leurs paroles qu'à découvrir leurs pensées et monologues intérieurs, tandis qu'ils essayent de tirer profit de la moindre locution et d'interpréter d'infimes battements de paupières.
Le Messie est un roman nettement plus sombre et tragique que ne l'était Dune, pour des raisons que je m'abstiendrai de déflorer ici. Il déroule un récit souvent dénué d'espoir, mais toujours passionnant, peuplé de personnages uniques, charismatiques et beaucoup trop intelligents pour leur propre bien, qui cherchent tous à se manipuler les uns les autres et à tirer la couverture vers les intérêts qu'ils représentent. Paul est un héros plus nuancé et fascinant que dans le premier tome, et bien qu'une partie de l'histoire se passe dans sa tête, on ne s'y ennuie pas un instant.