J'ai lu Farniente, la suite, avant cet insaisissable niçois. N'ayant aucune pudeur mal placée quant à la divulgation incontrôlée des dénouements, je me suis réjoui de cet ordre de lecture contre-nature qui n'a ici en l'espèce aucune incidence particulière.
Le plaisir de ce livre, acquis tout à sa gloire, réside dans son héros, Jacques Meranda dont l'attitude et le ton fleuri font vibrer la corde des fantasmes du charretier qui sommeille en chacun de nous.
L'intrigue n'est pas des plus palpitantes mais elle est le prétexte à des frasques cocardières et nerveuses qui nous émoustillent avec ses personnages mi-réels, mi-fictifs. Jacques Meranda est-il vraiment Jacques Médecin, Christian Lestrival vraiment Christian Estrosi et Edwy Plenel vraiment Edwy Plenel ?
Sfar nous offre un délire sans frontières, le reliquat d'un vieux cinéma français populaire digéré avec patience et méthode. Une farce déjantée et haute en couleur où les arrières coulisses du théâtre politique sont au détour de chaque page. Un canular littéraire, une piraterie contre le bon goût, une proto-fadaise qui flirte avec la méta-baliverne. Ce livre est l'éclatante démonstration de la demi-teinte.
Riche en contenu mais pauvre en élaboration. Tourbillonnant mais au ras du sol. La tentative la plus génialement échouée de nous propulser dans les cieux par la démesure alors que l'atrophie de la trame est flagrante.
Pour conclure, un insignifiant Sfar qui ne laissera aucun souvenir marquant au lecteur. Le fer rouge de la plume est hasardeux, ne venant marquer les esprits qu'elle envoûte qu'à l'aléatoire du talent de celui qui la manie. Et sur « Le Niçois », Sfar a manqué de cet audacieux talent qu'il a exprimé dans bon nombre d'autres livres.
Déçu du bouquin mais pas de l'auteur qui m'aura tout de même ravi par tout ce qu'il y a de sa personnalité dans l'ouvrage.
Samuel d'Halescourt