Je m'étonne des retours mitigés que je lis ici et là sur ce livre, que je trouve globalement sous-coté. Le noeud de vipères est une glaçante plongée dans les remords et les règlements de compte d'un vieillard mourant, qui écrit une dernière lettre à sa femme pour lui expliquer pourquoi il a décidé de déshériter leurs enfants. Louis a passé sa vie à travailler et à s'enrichir grâce à son travail d'avocat. Mais sa vie intime est un champ de ruines. Il reconnaît ses torts, mais tient également pour responsable son épouse qui, selon lui, l'a humilié en lui faisant comprendre qu'il resterait toujours un second choix pour elle, lui le fils de prolétaire. De cet épisode qu'il présente comme charnière, Mauriac déroule le fil de ses haines et des ses relations torturées avec ses enfants. "Pourquoi papa nous déteste-t-il tant ?", demande Géneviève à sa mère, alors qu'il apparaît évident que l'héritage va échapper à la famille proche.
La confession épistolaire, déjà intense malgré ses nombreuses digressions et zigzags temporels, laissera la place à une sorte de journal intime dans la deuxième partie, un concentré encore plus puissant des réflexions de l'auteur sur la petite bourgeoisie de province, la place de la religion et la complexité des liens intergénérationnels. Mauriac parvient à atteindre sa conception de la laideur humaine dans ces lignes. La recherche du salut, ligne rouge des dernières pages, ne sera que partiellement assouvie. La prise de conscience tardive des vérités ne semble jamais suffisante face à l'extrême raideur de la vieillesse, nous dit Mauriac.