Un roman assez puissant de François Mauriac qu'il considérait comme étant son roman le plus abouti. Fort bien écrit je dois dire, certaines phrases ont une telle portée, qu'elles sont à noter et à relire comme des maximes.
L'histoire d'un richissime avocat à la retraite mais pauvre en relationnel puisque détester de toute sa famille. Le roman est fait de telle sorte qu'on le lit comme le journal intime du protagoniste principal. L'ironie veut qu'il a bâti toute son animosité envers sa famille sur des ressentis et interprétations qui sont probablement de l'ordre du fantasme. Il n'a jamais réellement essayé de les vérifier. Par orgueil, par honte? C'est d'autant plus ironique qu'il était avocat. Il a donc passé sa vie à nourrir des problèmes plutôt que d'essayer de les résoudre, tout comme il a passé sa vie à accumuler une fortune qu'il n'utilisera jamais et qu'il veut priver de tout le monde. Une fortune, ersatz de sa carence affective, qu'il fait pendre au nez de sa famille.
Seul reniant toutes et tous, allant jusqu'à renier Dieu Lui même (François Mauriac était chrétien), seul avec son magot qu'il sait qu'il n'emportera pas avec lui (Matthieu 6:19), son ultime satisfaction réside désormais dans la jubilation de priver sa famille de toutes ces richesses accumulées. la seule raison qui le motive à continuer, la seule raison qui nourrit encore ce nœud de vipères. Et pourtant le dénouement du roman est optimiste; même à la dernière minute d'une vie sans Dieu une volte face est possible (c'est la conclusion du journal d'un curé de campagne de Bernanos). Et c'est là que réside la beauté de l'espérance, car finalement une vie sans amour est une vie de souffrance où tout espoir est annulé.