À l’aube de mes trente ans, j’achève enfin ce roman grandiose. Depuis des années dans ma bibliothèque, il me faisait de l'œil. Il y eut plusieurs tentatives de lecture de ce récit si complexe, tout avortées après les cent premières pages. Mais maintenant fini, je me rends compte que ma peur était injustifiée. Sa complexité n’était que façade. Car, dès que nous traversons ce mur, la bibliothèque se dévoile et nous expose la passion, le génie et la sublime plume d’Umberto Eco.
Ce polar historique, ce traité de philosophie et de théologie n’est autre qu’un éloge de l’humanité et de la vie, où des thèmes comme le rire et le sexe s’entrecroisent paradoxalement dans un lieu aussi saugrenu qu’une austère abbaye.
L’auteur a pensé à tout pour émerveiller ses lecteurs, même à son mystérieux titre. “La rose est une figure symbolique si chargée de significations qu’elle finit par n’en avoir aucune.” Le titre du roman n’a aucun sens et, en même temps, il les a tous. Le plus important n’est pas que vous trouviez sa véritable signification mais que vous en ayez une à lui donner. Réfléchissez à notre rapport aux livres, aux écrits, qui se parlent entre eux et qui traversent les siècles, notre rapport à la bibliothèque, véritable labyrinthe de la conscience humaine. Amusez-vous à décortiquer la logique des débats sans fin des moines que ce soit sur le besoin de richesse matérielle ou sur la nécessité de la vérité. Et essayer de donner un sens à tout ça. Car le plus grand plaisir de l'auteur fut d'écouter les diverses théories sur son récit et de ne donner aucune réponse, nous laissant alors toute liberté.
Le Nom de la Rose est le roman le plus complet et le plus passionnant qui m'ait été donné de lire.