Une dénonciation écologiste de la guerre du Viêt-Nam

En 1972, Ursula Le Guin fait paraître un roman s'inscrivant dans le Cycle de Hain, et relativement moins long que les autres : Le Nom du Monde est Forêt. Nous sommes alors en pleine guerre du Viêt-Nam que les USA, patrie de l'auteure, vont perdre trois ans plus tard, embourbés dans une approche néocoloniale, contradictoire de la doctrine officielle nord-américaine et profondément impopulaire dans le monde entier. Cette guerre atroce et très meurtrière, où l'industrie civile et militaire étasunienne joue un rôle de premier plan dans les opérations de répression des indépendantistes vietnamiens, verra se mobiliser une foule d'intellectuels nord-américains de toutes sortes, au rang desquels Ursula Le Guin. Le Nom du Monde est Forêt participe à cette guerre des citoyens contre l'Etat qui a "racheté" aux français les droits de mener sa sale guerre outre Pacifique.

Mais U L-G fait d'une pierre deux coups en dénonçant aussi la logique d'exploitation sans scrupules ni limites dont les conquérants économiques autant que militaires se rendent coupables à travers les expéditions coloniales de tout poil. La férocité de la soldatesque encadrant le contrôle du territoire envahit se joint alors à la destruction aveugle que, de loin, commandent les dirigeants des entreprises qui financent ces expéditions. C'est la biosphère et ses habitants qui en payent le lourd tribu. Jusqu'au jour où, indignés, excédés, dos au mur, ils relèvent la tête, disent "Non" et combattent ces envahisseurs qui les ont condamnés à mort.

Le Nom du Monde est Forêt est une de ces très efficaces fables d'anticipation dont Ursula Le Guin a le secret, illustrant les problématiques de l'humanité actuelle. L'écriture en est fluide, perçante, autant dans la partie "philosophique" que dans le récit d'action, très dynamique, qui plaira aux amateurs de romans d'aventures. On y retrouve cette fibre de conteuse appréciée avec Rocannon, premier épisode du Cycle de Hain.

Mais avec la place qu'y prend l'aventure, on comprend peut-être pourquoi les éditeurs du "Livre de Poche" ont fait cohabiter ce récit avec Le dit d'Aka, bien plus porté vers la réflexion. En somme, les deux peuvent fort bien se compenser, offrant en un seul livre deux histoires d'une même auteure, aux qualités différentes mais aussi réussies l'une que l'autre.

Edonor
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le 16 juil. 2024

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