Existe t-il une hiérarchie dans le deuil ? Le nombre d’heures partagées avec le disparu est-il proportionnel au chagrin à afficher ? Certes non, la perte est là. Et pourtant, la légitimité de la tristesse semble dans les faits dépendre des instants vécus ensemble, dans leur durée et quelle que soient leur intensité.
C’est un épisode douloureux que Doan Bui tente d’exorciser dans ces lignes, en analysant de manière très exhaustive ce qui s’est passé des années auparavant. La perte d’une petite fille, née prématurément. Doan Bui a beaucoup écrit pour elle-même et longtemps hésiter à faire paraître le récit. Elle consacre d’ailleurs toute une partie à la réflexion sur l’intérêt de cette démarche.
En tant qu’ancienne professionnelle de néonatalogie, ces pages me parlent bien sûr, et cet aspect n’est pas non plus négligé : l’impact de la mort dans un service où l’on se bat pour que l’avenir ait lieu. Et si la routine est là et si les nouveaux patients viennent occuper les incubateurs vides, les traces sont là et les souvenirs s’impriment en filigrane tout au ont des années passées au chevet des tout-petits.
C’est un récit doux et nostalgique, empreint d’une tristesse mais loin d’être morbide. Et qui pourrait être une aide précieuse pour les professionnels de la petite enfance autant que pour les parents qui vient ces heures difficiles.