La Toile de charlotte a un parfum de Country music, avec cette Amérique rurale du début des années 50, blanche et insouciante, pas tout à fait entrée dans la société de consommation.
Mais derrière cette façade se cache un bouquin presque radical. E.B. White (avant Tomi Ungerer) choisit ses personnages parmi les moins charismatiques qui soient: un porc et une araignée! Point de grand spectacle ni de vaste horizon : le roman se déroule presque entièrement en huis clos, entre les quatre murs d’une grange. Mais dans ce cadre étroit, un drame se profile : le cochon passera t-il l’hiver sans être transformé en jambon? Une question loin d’être anodine pour le cochon dont les jours sont comptés.
L’aspect le plus réussi du roman est justement ce personnage. Wilbur est naïf, émotif, pleurnichard sur les bords. Gourmand comme tout cochon qui se respecte, il est souvent dépassé par les évènements voire parfaitement inutile. Mais ô combien attachant. Peut-être en raison de son inutilité même ou plutôt de sa fragilité, de son besoin des autres. Les autres personnages sont de parfaits contrepoints. A la sincérité de Wilbur répond le calcul et l’égoïsme du rat Templeton. A sa naïveté, la sagesse et l’astuce de Charlotte l’Araignée.
C’est elle qui tire les fils de l’histoire, et qui rappelle au passage le pouvoir des mots. Depuis cette insignifiante grange, la Toile de Charlotte nous parle de la mort, du temps qui passe, de l’amitié et du sens que l’on donne à sa vie, aussi minuscule soit-elle.