Long, trop long. Je ne vais pas vous mentir, voici le premier ressenti que j'ai eu en tournant la 1080ème page de ce roman américain. Un beau gros bébé.
"Le prince des marées" est une oeuvre de Pat Conroy publiée au début des années 80 et qui tient une place particulière dans l'affection des lecteurs américains. Le roman a eu un tel succès que la talentueuse Barbra Streisand l'a adapté à l'écran.
Je pense savoir pourquoi les Américains apprécient "Le prince des marées". Ce roman est très américain (un peu trop américain pour moi, je poursuis ma confession). Qu'est-ce qui me fait dire cela ? Et bien, la somme des "ingrédients" qu'il réunit sont propres à parler d'abord aux Américains.
Caroline du Sud, port de pêche, seconde moitié du XXème siècle. Une famille "ordinaire" de la classe laborieuse méritante, attachée aux valeurs patriotiques et suprémacistes, respectueuse de sa réputation auprès des voisins, en perpétuelle recherche de connexions profitables avec les notables locaux, une famille "raisonnablement ambitieuse" et adhérant fortement aux courants de pensée de son époque.
Derrière ce contexte, d'autres éléments flattent le public américain : violences conjugale et familiale, secrets de famille, vétérans, armes blanches et à feu, virilité exacerbée, racisme "ordinaire" assumé, symbiose avec un environnement fascinant mais globalement hostile, sport, préjugés contre New York et la Côte Est, rejet de toute émancipation et de toute évolution des moeurs ou des coutumes, fragilités psychiques multiples... Bref, du drame et du pathos en veux-tu, en voilà.
Le narrateur, Tom Wingo, entraîneur de football américain et professeur de littérature anglaise au chômage, raconte son parcours complexe et celui de sa famille, non moins complexe, depuis son enfance pendant la Seconde guerre mondiale jusqu'aux années 80. J'ai trouvé son récit bourré de testostérone, de bons sentiments et d'idées préconçues sur beaucoup de sujets. Terriblement cynique, Tom ne parle qu'à travers le second degré et maîtrise mal ses émotions. A la fois dolent et éruptif, c'est un personnage fuyant qui ne m'a inspiré aucune empathie. Sur plus de mille pages de narration, ce point pèse hélas très lourd.
Le style de Pat Conroy est irrégulier mais toujours empathique, ce qui ne m'a pas particulièrement séduite. Certains chapitres très bien traités alternent sans cesse avec d'autres plus contraints, qui traînent en longueur, alourdis de descriptions inutiles. De même, l'auteur se complaît à faire des zooms sur des épisodes que j'ai jugés anecdotiques et qui ont retardé d'autant l'apparition d'un suspense... destiné à tomber à plat.
Comment expliquer ce que j'ai ressenti ? C'est un peu comme si dans un même roman, l'auteur avait voulu placer au chausse-pied une comédie romantique, un thriller et un documentaire sur la population sudiste. A des scènes pittoresques de vie familiale dignes de Tom Sawyer (bêtises infantiles, compétitions sportives...) succèdent des scènes d'une violence crue, certaines insoutenables. Oui, c'est bien cela que j'ai observé : un mélange des genres qui, au lieu d'enrichir l'oeuvre la disperse, comme s'est dispersé mon intérêt au fil des pages.
Je suis tout de même allée au bout du roman mais j'ai été soulagée d'en avoir terminé.