Purgatoire, c’est Chuck Palahniuk qui décide de se faire sa petite cosmogonie perso. Et forcément, c’est intéressant : il balance des idées profondément dérangeantes, noires, tordues — bref, du Palahniuk premium — mais avec un arrière-goût qui refuse obstinément de se prendre au sérieux. C’est tout son génie : parler d’enfer, de paradis, de damnation… comme si c’était une blague qu’on raconte derrière le gymnase en fumant une clope volée.
On est encore une fois dans l’anti-Stephen King total. D’un côté, t’as King, le gars qui construit des cosmogonies gigantesques, se roule dedans comme un chat dans sa litière cosmique, et dont finalement tout le monde se fout. De l’autre, t’as Palahniuk qui possède un talent monstrueux, qui pourrait t’écrire la Bible 3.0 si ça lui chantait… et qui, quand il t’annonce "Allez, je m’attaque à ma trilogie dantesque", finit par jouer les timides, botte en touche, détourne les yeux. Un peu dommage, ouais. On sent qu’il aurait pu aller plus loin.
Mais ça reste du Palahniuk : tu passes un super moment, tu rigoles jaune, tu réfléchis malgré toi, et tu finis le bouquin avec l’impression d’avoir croisé un clown démoniaque qui fait semblant d’être inoffensif.
Petit bémol pour l’héroïne en mode ado : ce n’est pas son meilleur choix de protagoniste. Elle fonctionne, mais elle n’a pas le charme brut ou le mordant des héros palahniukiens habituels.
Au final, un bon trip, pas le plus ambitieux du monsieur, mais largement assez barré et savoureux pour valoir le détour.