Le mètre-étalon de la littérature "retour charriot" (s'indigne gravement le critique)

Il y a des livres comme ça que l'on n'a pas besoin de lire pour savoir qu'ils sont écrits avec les palmes. Il suffit de les ouvrir à une page au pif, 162-163 par exemple, et de ne compter que trois paragraphes de plus d'une phrase : un de deux phrases et un autre de trois, ce dernier atteignant péniblement les quatre lignes.
Et de dénombrer toutes ces pseudo phrases, à peine des groupes nominaux, qui ne veulent rien dire et qui sont livrés là, hachés sans finesse ni projet. Un découpage forcené qui visiblement aspire à procurer au texte un dynamisme et une cadence frénétique, mais qui ne fait qu'expulser encore et toujours le lecteur hors du texte, son attention glissant sur les mots en n'en gardant rien.

Accordant au livre une seconde chance on l'ouvre un peu plus loin, toujours au pif, pages 174-175.
Cette fois ce qui choque ce sont les dialogues, alourdis d'articulations qui épuisent en une demi-page la totalité des synonymes de "dire" : "s'enquit Machin", "implora Truc", "répéta Bidule", etc, ad nauseam. On en trouve même pour, probablement à court de synonyme, aboyer.
Et encore, si seulement Machin pouvait se contenter de simplement s'enquérir, mais non, il s'enquit "d'un air profondément contrarié" ou, une page plus tard, "avec peine" (et on se demande bien ce que ça peut vouloir dire). Et quand enfin il ne fait que "dire", ouf, c'est forcément "d'une voix sans timbre" ou "accablé", car non, il ne peut pas se résoudre à simplement "dire".

A ce propos : j'apprends aujourd'hui la mort d'Elmore Leonard, auteur chez qui le roman était d'abord un art du dialogue et qui avait fait de la simplicité un principe d'écriture, qui dans un article du New-York Times à destination des aspirants écrivains énumérait quelques règles de base. L'une était justement "Ne jamais utiliser d’autre verbe que “dire” pour porter un dialogue." (et son corolaire "Ne jamais utiliser d’adverbe pour enrichir le verbe “dire”.") On pourra trouver les règles de Leonard un brin rigides. Mais la lecture de ce Requiem des abysses nous rappelle que, appliquées par tous ces écrivains qui ne savent pas ce qu'ils font, fut-ce sous l'injonction d'un éditeur qui ne ferait là que son travail, elles pourraient nous épargner bon nombre d'affronts à la littérature.
epikt
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le 21 août 2013

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