Qui lit encore le roman de Renart aujourd’hui ? Beaucoup de monde je l’espère car c’est une vraie pépite ! Loin d’être suranné, le roman (en fait un recueil de récits rédigés par des clercs entre 1171 et 1250) décrit avec acuité et humour mordant la société des hommes en filant la métaphore animale.


Renart, le goupil, s’y joue des lois du royaume des animaux et surtout de ses pairs, du malheureux Ysengrin (il s’octroie notamment les faveurs de la femme d’Ysengrin et urine même sur ses enfants) à son cousin et allié le chat Tibert, en passant par les poules et coqs qu’il essaie de croquer, ou encore l’ours Brun qu’il fait mutiler par des paysans…


Mais le goupil se prend lui-même quelques déconfitures, se faisant plusieurs fois ratiboiser le pelage par les fermiers du coin.


Un récit au final très cru, qui ne cache pas la violence de l’époque, des seigneurs tout puissants abusant de leurs droits, aux paysans, fieffés coquins prêts à toutes les combines pour s’enrichir.


Pour vous donner idée du ton, voici un de mes passages préférés, celui où un milan vient reprocher à Renart ses pêchés, notamment sa liaison avec Hersant, la femme d’Ysengrin. Attention passage scabreux, notamment sur la fin !


« Le milan, perdant patience, prit la parole pour réprimander Renart et le couvrir de honte :
« Sale nabot, sale rouquin, sale avorton, il faut que tu sois tombé bien bas pour t’être amouraché d’Hersant, une vieille efflanquée qui ne peut plus tenir sur ses pattes. Ah ! oui, on a raison de l’entretenir ! Renart, son con est d’une beauté ! Vrai, Hersant a tout du corbeau. C’est une sorcière toute barbue qui s’est fait enfiler peut-être pendant plus de cent ans, plus ou moins, je ne sais au juste. Mais ce que je peux t’affirmer, et ce que tu devrais savoir, c’est qu’il n’y a pas jusqu’à la Mer gelée truand qui ne l’ait tringlée. Ah ! ah ! quel bel amour ! C’est une garce depuis la nuit des temps : il y a plus de rides autour de son cul que de ronces dans un arpent de bois. Tu devrais mourir de honte. Vraiment, il te serait facile de te cacher dans la peau qui lui pend au cul. » »


Lecture vivifiante s’il en est !


Critique à retrouver sur mon blog : https://labyrintheque.wordpress.com/2013/06/08/le-roman-de-renart/

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le 10 déc. 2016

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