Il y a des romans qu'on apprécie. Et puis il y a ceux qui vous prennent à la gorge et ne vous lâchent plus. le Silence fait clairement partie de la seconde catégorie.
Avec ce livre, Dennis Lehane nous immerge dans le Boston des années 1970, en pleine crise du busing, cette politique de transport scolaire destinée à favoriser la mixité raciale, qui a mis la ville à feu et à sang. Sur fond de tensions raciales, de guerre de gangs et d'embrasement, le roman avance en vous mettant le feu aux doigts.
Ce qui frappe d'abord, c'est la plume. Dense, nerveuse, incarnée. Lehane excelle à faire sentir l'atmosphère : la colère dans les rues, la lourdeur de la peur ou de la rage contenu, la vie de quartiers avec ses codes. On ne lit pas ce roman, on l'habite. On y respire une violence sociale presque étouffante et en même temps grisante.
Et puis il y a Mary Pat, héroïne folle. Une femme taureau, fière, déterminée, dont la trajectoire concentre toute la brutalité et la complexité de cette époque. Rarement un personnage m'a autant touché ou plutôt, percuté. On souffre avec elle, on tremble avec elle, et parfois on est dérangé par le plaisir presque coupable que procure cette immersion dans le mal-être et la noirceur.
Le rythme est implacable. Chaque scène semble tendue comme un fil prêt à rompre. Lehane vous envoie chaque scène avec un naturel troublant. Et ce qu'il montre dérange, secoue, bouleverse.
Ce roman m'a retourné. Par son intensité, par sa justesse, par la puissance émotionnelle qui s'en dégage. Un livre qui se dévore, qui marque durablement, et qui rappelle à quel point la lecture est une expérience à vivre intensément.