La chronique qui n’a pas la langue pendue…

Si un pendu te sourit, tourne la tête et fuis. Et retiens ceci : W3, ça te ratatine les rétines sans ménager tes méninges.
(Proverbe Camhugien écrit au IIIème siècle avant notre ère).


W3 est un roman atypique dans le paysage polardesque. Une voix unique, une approche incandescente, un ton résolument différent. W3 est un roman qui te colle longtemps à la peau comme un chewing-gum sous ta chaussure, sauf que là tu le décolles patiemment, tu l’examines sans retenue et retenant ton souffle, et tu le conserves dans ta boîte à souvenirs de lectures inoubliables.


Roman ambitieux, ce premier opus fourmille d'idées, d'intrigues, de sous-intrigues, qui effraieraient la plus brave des cigales mais qui vont enchanter le lecteur prévoyant. Au programme : enlèvement, séquestration, tortures, viols, assassinats… Les Camhug empilent les intrigues comme on empile les légos pour aboutir à une mosaïque ciselée à la perfection, à une construction architecturale exemplaire.


W3 est roman-choral qui n'aura de cesse de vous faire chanter ses louanges !


Malgré un casting aussi dantesque qu'un blockbuster américain (et pour beaucoup moins cher), l'adresse des auteurs est telle que jamais l'on ne se sent perdu dans la pléthore.
Et il est étonnant ce casting disparate : un ado, une chroniqueuse TV, son producteur, un vieil emmerdeur, une star du porno, une flic névrosée, un producteur, un simple d'esprit, un doberman...


Il faut souligner le magnifique travail réalisé sur la couverture et les illustrations intérieures qui contribuent largement à immerger le lecteur dans un univers à part, fragmenté, dérangé. Un univers lumineux comme un soleil dans le cœur et sombre comme une lune dans l’âme. C’est ça le talent des Camhug, dégager de multiples émotions contraires, les assembler et les secouer dans un shaker diabolique. Au final, le breuvage entêtant provoque ivresse et euphorie.


W3 est un bouquin au parfum épicé et mystérieux. On y croise des ombres, menaçantes, en filigrane. Vous vous laisserez charmer par la figure fantomatique d’Ilya Kalinine, le bad guy mystérieux aux motivations floues dont la présence inquiétante plane sur l’ensemble des personnages, tel un voile léger au couperet acéré et sanguinolent.


W3 est aussi une formidable plaidoirie pour la justice, une revendication politique et sociale, un doigt d’honneur au système, une réflexion sur un modèle de société participatif et égalitaire. Un pamphlet un peu anar’, libertaire assumé.


Plumes d'exception, les Camhug usent d'une écriture aérienne leur permettant de nous raconter les pires atrocités, les pires turpitudes humaines sans que l'on s'en sente sali ou souillé. L’on en ressort galvanisé, grisé. Une maîtrise totale de leur art.


Plus d'images et d'infos si vous cliquez sur le lien de la chronique : http://cestcontagieux.com/2015/10/14/w3-le-sourire-des-pendus-des-camhug-la-chronique-qui-na-pas-la-langue-pendue/

David_Smadja
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le 15 oct. 2015

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David Smadja

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