Graham Masterton, que je découvre tout doucement, applique ici une formule qu'il semble apprécier : choisir un thème ou une œuvre classique du fantastique pour le transformer ou le réinterpréter : dans La Maison de Chair, c'était le film de maison hantée mêlé (maladroitement) aux légendes amérindiennes : dans Le portrait du mal, c'était Le portrait de Dorian Gray qui était (avec plus de bonheur), revisité, si ce n'est prolongé.
Le Sphinx constitue pour sa part une approche égyptophile et très frontale de La Féline de Tourneur, qui entretient curieusement beaucoup de liens avec le très intéressant remake de Paul Schrader, pourtant sorti bien après la parution du livre.
L'histoire de ce jeune politicien en vogue s'éprenant d'une belle plante timide s'avérant avoir une histoire de famille assez louche est assez drôle à lire, d'autant que le héros est en réalité une enflure de la pire espèce (mâle alpha jusqu'à l'absurde et la dégueulasserie), et en bavera en conséquence.
Pas forcément très fin, mais se réservant quelques morceaux de bravoure bien sentis (la nuit de noces), Le Sphinx diffuse avec brio un érotisme malsain tout au long de la lecture ; s'il aurait gagné à être plus fouillé par moments (tout s'enchaîne un peu trop rapidement), le livre est néanmoins une lecture très acide et assez ludique, une fois qu'on a cerné où Masterton veut en venir avec son personnage principal détestable.