« Je ne sais de quelle mère tu pourrais venir au monde, fils que je ne peux dire mien . »
Soir d’orage, l’homme éclairé par la cheminée lit Pinocchio. « Tu es apparu comme ça, côte d’une autre histoire, fils de quelqu’un qui joue avec les mots, matière qui ne vient pas d’un arbre coupé. Le papier sur lequel j’écris, lui, oui. »
L’homme, peut-être l’auteur, sent une présence à ses côtés, le fils qu’il n’a jamais eu ? « Je l’invente si fort que la réalité ne peut l’égaler. Ta présence suffit ici et ce soir pour créer ma paternité. »Alors, dans les ombres et lumières du feu, il lui raconte son histoire napolitaine. Au début, c’est un monologue puis, petit-à-petit, « le fils » s’enhardit, dit quelques mots et cela se termine par une véritable conversation entre les deux.
Au fil des pages, les intervention du fils poussent le narrateur dans ses retranchements, l’oblige à se dévoiler un peu plus, à aller chercher la matière au plus profond.
En parlant à son fils, il se retrouve fils de ses parents « Je les rencontre en rêve et dans les pages que j’écris. Dans ces moments-là, je continue à être avec eux. »
Défilent les années soixante-dix, ses vingt ans, l’usine, la politique, l’action « Ce fut un privilège d’être là où naissait cette volonté de démocratie intégrale. Ce fut un honneur d’y être admis »
Et puis,Naples, Naples, Naples… Et puis, la Bosnie où il n’a pas pu ne pas intervenir… Et puis… toutes ces pages que j’ai notées
Ce livre est une leçon de vie, de souffrance, d’espoirs, de marches, d’humanité, d’une humanité si lumineuse qu’un peu de lumière rejaillit sur la lectrice que je suis.
Erri de Luca est un homme de mots, humble serviteur d’histoires « Les mots ne sont pas des instruments, ils ont une histoire, leur biographie, ils sont vivants, c’est pourquoi ils sont mourants ».
J’ai gagné au jeu de l’oie avec cette lecture qui est un coup de coeur