Je résumerai rapidement cette lecture qui me laisse vaguement satisfaite, comme après un repas trop léger -je compare souvent la littérature et la nourriture.

L’ambiance humide et hypnotique de la vieille Angleterre, le récit de Vida Winter qui débute par l’étrange relation, incestueuse et destructrice, de sa mère et de son oncle, les multiples ponts avec l’histoire de la biographe, tous ces éléments d’introduction promettaient un déroulement dramatique dans la lignée de la célèbre littérature anglaise du siècle dernier.

Les personnages d’Isabelle et Charlie, par qui commence l’histoire des enfants d’Angerfield, sont divinement malsains, chargés de vices, jamais touchants, même dans leurs pires malheurs. C’est ce genre de personnages que j’aime et que je retiens.
Des deux personnages principaux, Vida Winter et Margaret Lea, je garde un souvenir plus mitigé, presque désagréable. Miss Winter est plus nuancée, plus acérée que Margaret, personnage un peu faible, dont la blessure secrète -on découvre au tout début du roman que sa soeur jumelle est morte à la naissance- n’est pertinente que dans la mesure où elle fait écho au récit de la romancière. Le reste du temps, je suis restée hermétique à cette souffrance dont Margaret est clairement esclave. Souffrance que l’auteur ne tente jamais d’expliquer; personnellement, j’ignore et ne comprend pas la douleur que peut ressentir une jumelle à partir du moment où elle n’a jamais connu sa soeur. Je ne manque pas d’empathie, mais attends d’un auteur qu’il me fasse connaître ces agitations, non pas qu’il parte du principe que ces émotions sont communes, et donc compréhensibles par tout le monde.

Je crois que c’est à partir de ce simple fait que l’auteur m’a perdue. Le récit dans le récit, celui que fait Winter de sa vie, reste remarquablement bien ficelé, bien que l’intrigue laisse traîner certains passages en longueur. Pour cela, j’aurais aimé m’offrir une seconde lecture. Mais l’enquête parallèle de Margaret sur la véracité des faits évoqués par la romancière, les multiples personnages qui viennent s’y greffer, parfois maladroitement, viennent perturber ce qui s’annonçait comme un récit sombre, à la limite du fantastique.

Je reste donc sur un sentiment mitigé, sans doute agacée par cette souffrance inexplicable et forcée d’une soeur qui n’a jamais connu la sienne.
Quant à la relecture des meilleurs passages, qui restent seuls véritables hommages aux soeurs Brontë -les débuts au manoir d’Angerfield-, je ne la ferai pas : toujours, trop de livres et trop peu de temps.
Sarah_Beaulieu
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le 15 janv. 2014

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Sarah Beaulieu

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