Alors qu’on venait de lui annoncer qu’il était possiblement atteint d’un cancer, David Gemmell conjura le sort en entamant l’écriture d’un premier roman : Légende.
Véritable pamphlet à la gloire de ceux qui luttent, Légende est devenu un classique dans le registre de la fantasy, à la fois par sa symbolique et par le style percutant de son auteur.
Froide, directe et simple, la narration selon Gemmell ne s’embarrasse pas de détails superflus. En dégraissant et en se limitant à l’essentiel, il parvient à ne pas effrayer le lecteur peu expérimenté tout en s’adressant directement à son cœur. En érigeant la simplicité en spécialité, l’auteur ne perd jamais de vue son objectif ni son lecteur.
En dépit, d’une intrigue basique et déjà vue (forteresse assiégée et combat en infériorité numérique), il parvient à insuffler une puissance dramatique peu commune. Surtout, il va développer avec talent certaines thématiques (stratégie militaire, rencontre entre les gloires du passé et les mythes à venir, manque de l’Autre, perte de foi, partage et intérêt commun).
Découpé en deux parties distinctes (l’exposition puis le combat), Légende propose en premier lieu au lecteur de découvrir ses héros, de se prendre d’affection pour ces personnages bigarrés, différents, peu recommandables pour la plupart, mais qui vont s’unir autour d’une cause commune. Qu’ils viennent pour défendre un idéal, parce qu’ils n’ont jamais su que se battre ou tout simplement pour mourir, ils ont tous une personnalité ou un trait de caractère qui va résonner et les rendre sympathiques.
Et quand vient l’heure du siège, de la défense perdue d’avance, les pertes se suivent avec déchirement. Mais Gemmell n’a pas son pareil pour mettre en mots l’épreuve et les moments de gloire. Comme cela deviendra une habitude dans ses futurs romans, le salut viendra souvent de ceux desquels on n’attend rien et qui, dans la difficulté, sauront s’extirper de leur condition, de leur carcan ou de leur confort.
Les ténèbres s’installent, le lecteur frissonne et les morts s’accumulent. Mais Gemmell aimait profondément l’être humain, probablement plus que de raison, et a souhaité en retranscrire le meilleur.
Avec un enchaînement de deus ex machina peut-être trop faciles, le final peut décevoir. Mais ce serait oublier que pour l’auteur, ce qui doit toujours primer, qu’importe la difficulté rencontrée, c’est l’espoir ; sans lui, il n’y a plus rien.
Sans doute pas un chef d’œuvre, Légende n’en reste pas moins un pilier de la fantasy, truffé de qualités et de personnages inoubliables. Surtout, il ne s’agissait que de son coup d’essai. Gemmell lança avec ce roman un cycle Drenaï de grande classe et c’est une porte d’entrée à privilégier pour qui souhaite explorer son univers. Une petite réserve toutefois : âme sensible, s’abstenir ; Gemmell ne fait jamais dans la dentelle et n’épargne pas le lecteur.