C’est avec ce livre d’Annie Ernaux que j’aurai découvert le concept d’”autobiographie impersonnelle” qui, s’il intrigue de par son aspect oxymorique, se révèle aussi décevant qu’un lecteur pessimiste pourrait l’imaginer.
Il s’agit bel et bien d’une autobiographie que l’on aura vidée de sa substance pour la remplacer par une liste générique d’événements historiques. L’œuvre n’offre pas grand-chose de plus : pas de surprise, pas de compensation innovante, rien qu’un récit sans profondeur des événements majeurs ayant marqué le vingtième et le vingt-et-unième siècle. L’autrice ne propose ni analyse historique fouillée, ni réelle intrication de cette Histoire dans le récit de sa propre vie puisque le parti pris est de s’effacer elle-même de cet ouvrage, d’ailleurs écrit à la troisième personne.
De temps à autre, la narratrice décrit une photo d’elle retrouvée dans un tiroir, ou fait surnager quelques réflexions sur la mémoire et l’oubli tout de même marquants et dignes d’intérêt. Mais le tout ressemble trop à une version accélérée d’un cours de culture générale pour les nuls, à un collage pataud de noms de films, de marques, d’hommes politiques, qui à eux seuls devraient suffire à restituer les divers “zeitgeist” que l’autrice a traversés au cours de sa vie, mais qui ne parlent en réalité qu’aux contemporains de ces époques. Bref, Annie Ernaux dit des choses mais ne les montre pas (”show, don’t tell”), ce qui est souvent la marque d'une certaine pauvreté littéraire. Tout cela est d’ailleurs un peu gênant lorsque l’on comprend en lisant “Les Années” que ce projet d’écriture date de l’époque du lycée, l’a suivie toute sa vie et qu’il est le fruit de centaines de prises de notes et de réflexions.
Je tenterai probablement une autre œuvre d’Annie Ernaux prochainement afin de me faire une idée plus large de son travail...