Dans ce roman, la Libanaise Hala Moughanie qui écrit en français, nous livre les pensées et observations d’un survivant, à partir du 4 août 2020, quand une explosion a ravagé le port de Beyrouth et ses environs.


Le narrateur avait déjà perdu sa femme depuis un certain temps. Il tenait une épicerie qui vient donc d’être détruite. Il vit dans un immeuble où son appartement n’a pas trop souffert de l’explosion, à part l’essentiel des vitres qui ont été soufflées. Rapidement, les secours s’organisent, y compris au niveau international, car les dégâts sont immenses.


Un survivant


Le roman est court (123 pages) et se présente sous la forme d’un chapitre pour chaque journée, jusqu’au 8 août. Rapidement on se pose des questions à propos du narrateur qui affiche des obsessions et utilise une façon assez particulière de s’exprimer. De plus, il s’adresse visiblement à quelqu’un sans qu’on puisse jamais déterminer de qui il s’agit, ni sa femme décédée, ni un ami, peut-être une sorte de double intérieur jouant le rôle de conscience. On pourrait imaginer une sorte de dieu, mais après tout ce qu’il a vécu… Ce que voit le narrateur, c’est une ville dévastée. Et encore, il ne peut utiliser qu’un œil, l’autre étant blessé par un éclat de verre. Un médecin qui lui a prodigué les premiers soins a bien tenté de lui laisser l’espoir de recouvrer une vision normale, mais lui n’y croit guère.


Des obsessions


Le narrateur est obsédé par l’histoire de son pays qui a connu de nombreuses guerres, Beyrouth étant même passée au stade d’image symbolique de la destruction. Selon lui, il existerait une sorte de complot visant à annihiler le Liban dans sa totalité. Il présente tous les éléments qui lui viennent à l’esprit pour les faire concorder avec ce prétendu complot contre le Liban. On finit d’ailleurs par se demander si le narrateur est sain d’esprit. En effet, certaines tournures de phrases, certaines idées qui tournent à l’obsession rappellent la façon de faire d’Emile Ajar dans Gros-câlin (1974). Mais, si Hala Moughanie s’en inspire, elle s’en écarte pour éviter un rapprochement trop évident (et éviter une comparaison qui ne tournerait pas à son avantage). On pourrait aussi imaginer que le narrateur est fortement perturbé par l’explosion du 4 août. La violence psychologique s’ajoute forcément à la violence physique.


Entre confusion et doutes


Quant aux bestioles du titre, elles font référence aux avions qui survolent régulièrement le Liban, se comportant comme de gros insectes qui sèment la terreur. Comme ses compatriotes, le narrateur s’affole dès qu’il les entend, la ville ayant subi tant de bombardements… Justement, dans son souvenir, il en aurait entendu juste avant l’explosion du 4 août. Mais il ne trouve personne pour confirmer son impression. D’ailleurs, avec la confusion ayant suivi l’explosion, il semble difficile de déterminer si des avions sont passés à ce moment-là. Quant à savoir s’ils auraient lâché des bombes, c’est encore plus difficile à confirmer. Toujours est-il que cela accentue le doute sur la santé mentale du narrateur.


Conclusion


On finit ce roman avec une véritable sensation de malaise. La version officielle de l’explosion du 4 août conclue à un enchainement de négligences. Mais tout ce que nous venons de lire sème malgré tout le doute. Quoi qu’il en soit, Hala Mougharie donne une idée crédible de la violence subie par les habitants de Beyrouth, une violence qui, forcément, a grandement perturbé tout un chacun. Autant dire qu’il ne s’agit pas spécialement d’une lecture confortable.


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le 4 févr. 2026

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