Livre unique dans l’œuvre de Dostoievski, Les carnets de la maison morte (ou souvenir de la maison des morts) s’inscrivent comme un témoignage avec des atouts romanesques.
Le personnage principal, Alexandre Petrovitch sert de prétexte pour présenter les camps de Sibérie sous l’administration Tsariste. Petrovitch a été envoyé au bagne pour avoir assassiné son épouse. En dehors de cela, nous ignorons tout de sa vie hormis le fait qu’il est d’extraction noble et qu’après avoir purgé sa peine, il devient precepteur dans un village perdu. Tout lecteur familier à Dostoievski sait que ce personnage peut se passer de détails car il est son double narratif.
Bien que brossant le portrait de toute une galerie de personnages, l’œuvre ne suit aucune intrigue à proprement parler. Le narrateur décrit dans son journal les traits psychologiques et le passé de ses codétenus sans pour autant les impliquer dans une suite dramaturgique.
Autre point important, nous nous attendons à une critique du système carcéral, certes oui, il montre par un regard objectif les conditions insalubres, les lits à même le sol, les sévices corporelles (la rue verte : où le détenus doit marcher entre deux rangs de soldats munis de baguettes pour le rosser), les passages à tabacs entre eux.
Les têtes rasées à moitié, le marquage au fer rouge en guise de signe d’infamie. Mais Dostoievski use d’un recours pour échapper (peut-être) à la censure.
Tout d’abord L’auteur a été envoyé au bagne en 1850 pour ses idées socialistes. Dans le texte, le récit de Petrovitch se situe à une époque antérieure au règne de Nicolas 1er.
Deuxième point, Dostoievski/Petrovitch offre un regard très humain (voire chrétien) sur les prisonniers, bien que souffrant au fond du précipice, ils montrent des qualités de franche camaraderie ; soutiennent les nouveaux arrivants, organisent des spectacles de théâtre qui les font retomber en enfance.
Toutefois, la ségrégation sociale y opère. Pétrovitch étant noble, il se sent constamment exclu des autres et même si faisant preuve de bonté, même si faisant tous les efforts nécessaires pour s’y incorporer, le groupe ne le considère jamais comme un égal.
L’œuvre est un récit déguisé, c’est un document sociologique.
Elle sert également d’ « appendice » pour les autres romans du maître. Si vous voulez savoir ce que deviennent Raskolnikov et Dmitri Karamazov, lisez les carnets de la maison morte.