La première partie du livre est franchement enthousiasmante, sorte de roman picaresque où Jean-Jacques raconte sa jeunesse dans les moindres détails, osant en dévoiler les épisodes les plus intimes, des premiers émois érotiques aux grandes épiphanies existentielles (en passant par quelques agressions sexuelles). La moindre anecdote est l'occasion pour Jean-Jacques d'un nouvel enseignement sur le monde, consolidant brique après brique sa vision philosophique naissante.
Malheureusement, à partir du moment où il débarque dans la haute société, le récit devient une sorte de compte-rendu un peu plus vaseux et distendu, où Jean-Jacques se consacre d'abord à décrire dans le détail ses activités professionnelles (chiantes). Ensuite, persuadé que le monde entier veut lui faire du mal, il va passer 500 pages à chouiner sur tous les actes malveillants dont il se considère victime, sans jamais remettre en question ses propres comportements.
« J’avais toujours ri de la fausse naïveté de Montaigne qui, faisant semblant d’avouer ses défauts, a grand soin de ne s’en donner que d’aimables » écrit-il dans le livre X, sans se rendre compte qu'il est depuis longtemps tombé exactement dans le même travers. Car Jean-Jacques ne se voit que des qualités, et si tout son entourage lui tourne progressivement le dos, c'est assurément parce qu'il est trop intègre ou trop aimable.
Le style reste toutefois assez flamboyant d'un bout à l'autre, et ce côté Calimero finit presque par être comique tellement c'est caricatural. On sent bien que Jean-Jacques avait juste besoin de se défouler, d'exorciser ses petites névroses, et qu'au fond, on n'a pas affaire à un mauvais bougre, même si on aimerait bien connaître le témoignage de ses 5 gosses abandonnés à l'assistance publique.