Emily vit depuis son enfance dans la maison de sa grand-mère disparue. Elle ne souhaite pas quitter ce lieu malgré les lettres de son père, de sa sœur, du notaire qui la pressent de partir. Le père veut vendre. Elle n’a pas à discuter, c’est la loi. Or, ces lieux, elle les aime intimement, viscéralement comme Emily Brontë aimait le presbytère de Haworth et sa lande. Elle vit en osmose avec la nature. Elle habite vraiment ce lieu et va donc entrer dans une forme de résistance face à la violence patriarcale.

L’originalité de l’oeuvre réside dans le projet de l’autrice : donner vie et voix, équitablement, aux bêtes, à la végétation, aux minéraux et aux humains, dans un roman. On imagine derrière ce projet une sensibilité écoféministe et non-violente. La nature n’est plus une toile de fond, un décor mais un personnage, un organisme vivant. Il s’agit donc d’accorder autant d’attention - donc de lignes - à Emily qu’à sa chienne, qu’aux trembles, aux rochers, aux hirondelles et aux abeilles. Le pari est risqué mais pourquoi pas ? L’autrice semble vouloir restituer le monde : bruits, mouvements, odeurs à travers un vocabulaire quasi biologique et des descriptions nombreuses et minutieuses.

Le projet est intéressant mais tout est question de dosage. Si l’on ne veut pas sombrer dans un texte expérimental, exercice de style un peu froid et dont on sentirait l’excès de technique lors de la lecture, il faut doser. Le travail de l’autrice est incontestablement un tour de force mais en découlent deux problèmes majeurs : la lecture est rendue parfois pénible, les descriptions trop nombreuses, trop systématiques m’ont lassée. Et surtout, la rencontre avec le personnage - et même avec la nature finalement- pour moi n’a pas eu lieu. Je ne me suis attachée à personne et n’ai ressenti aucune émotion. J’ai eu l’impression d’observer l’histoire de loin sans participer, alors que, vu les thèmes abordés, j’aurais pu y trouver une place. Bref, j’aurais aimé habiter ce livre mais la porte n’est restée qu’entrouverte. Dommage.


LIRE AU LIT le blog

lireaulit
4
Écrit par

Créée

le 4 mars 2026

Critique lue 155 fois

lireaulit

Écrit par

Critique lue 155 fois

3

D'autres avis sur Les Habitantes

Les Habitantes

Les Habitantes

9

matatoune

le 15 juin 2026

Suivre

Critique de Les Habitantes par matatoune

Couronné par le Prix du Livre Inter 2026, Les Habitantes de Pauline Peyrade est un roman où la nature, les animaux, les objets et les humains coexistent sur un même plan sensible. Emily vit dans la...

Les Habitantes

Les Habitantes

7

R2dédé

le 29 mai 2026

Suivre

100% bio

Chronique d’un zadisme familial. L’intrigue en elle-même (Emily va-t-elle accepter la vente de la maison de famille qu’elle occupe?) est mince. Mais deux choses m’ont attaché à ce roman. D’abord...

Les Habitantes

Les Habitantes

7

BenoitRichard

le 31 mars 2026

Suivre

Critique de Les Habitantes par Ben Ric

Dans une maison isolée au cœur des bois, Emily vit seule avec sa chienne Loyse. Un ancien corps de ferme, loin de tout, à l’écart des routes et des regards. C’est là qu’elle a grandi, recueillie...

Du même critique

Né d'aucune femme

Né d'aucune femme

4

lireaulit

le 28 avr. 2019

Suivre

Critique de Né d'aucune femme par lireaulit

Il était une fois une famille de pauvres paysans : le père, la mère et les quatre filles. Un jour, le père décida de vendre son aînée à un homme riche qui en fit son esclave. Le père regretta...

Les Garçons de l'été

Les Garçons de l'été

10

lireaulit

le 22 mai 2017

Suivre

Beaux comme des dieux...

Parfois, l'on me demande : « Pourquoi écrivez-vous sur SensCritique ? » Eh bien, la réponse est simple : pour parler de livres comme celui-ci, pour les faire connaître, pour...

Le Lambeau

Le Lambeau

10

lireaulit

le 26 avr. 2018

Suivre

Critique de Le Lambeau par lireaulit

Je ne lis pas de témoignages. Si j'ai souhaité lire Le lambeau, c'est uniquement parce que je savais que ce texte avait une dimension littéraire. J'ai besoin du filtre de l'art pour m'intéresser au...