Les Liaisons dangereuses. Et dans une vieille édition ! Parce que les vieilles éditions nous rendent supérieurs.
Tout le monde connaît plus ou moins l'histoire grâce au film plutôt moyen (oui, c'est loin d'être formidable, et même pas tourné en français en plus) avec le très jeune Kenu Reeves en chevalier de Danceny. Mais le livre propose autre chose qu'une histoire sulfureuse : une langue.
Je sais que ça fait grincer des dents quelques progressistes qui veulent que tout se vaut au nom de l'évolution de la société, au nom du respect (de qui ? ) mais ici il y a une langue, avec laquelle Choderlos de Laclos joue en allant jusqu'à attribuer un style d'écriture à chaque personnage. Parce que la littérature c'est ça : s'amuser avec la langue. Celui qui réduit la litterature à une suite de péripéties, quelques moment de "suspense" (des moments de tension, nous sommes français), des coups de théâtre, n'a absolument rien compris à cet art.
Et ce roman est d'autant plus délicieux qu'il se trouve être assez immoral. Le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil sont bourrés de qualités. Je sais qu'il est à la mode de faire des "méchants" des personnages grossiers et bêtes. Détestables. Mais ici ils sont fins, ingénieux, de vrais philosophes au service du mal et de leurs jeux pervers. La face sombre de l'intelligence. Un coup de poing à ceux qui accusent les personnes moralement discutables de manquer d'intelligence. Alors qu'elles ont juste choisi d'exploiter cette intelligence autrement. Mais pensez vous vertueux si vous le voulez. D'ailleurs, il n'y a pas d'intelligence dans les enseignements du Christ.
C'est une chose qui manque assez aujourd'hui, je trouve. Du moins, je suis sûr que ça existe, je pense seulement que beaucoup de lecteurs s'interdisent de s'attacher à ce genre de personnages, alors que l'art doit justement permettre le relâchement total. Vous avez le droit d'admirer la Marquise de Merteuil le temps d'une lecture. Vous aurez tout le temps ensuite pour la condamner en vous pensant meilleur.