Roman magistral paru - ironie du calendrier - quelques jours seulement avant l'invasion armée de l'Ukraine par la Russie. "Les loups" est une interprétation libre mais très bien documentée du "marécage politique ukrainien", sujet que Benoît Vitkine maîtrise à fond. Marécage qui n'a rien à envier à celui de son voisin et agresseur russe !
"Les loups"... ainsi sont désignés les oligarques multimilliardaires qui gangrènent le pays, s'octroyant les plus belles "parts du gâteau". A la tête des Loups, une louve, appelée "La Chienne" dans le milieu, Olena Hapko, personnage de fiction qui vient d'être élue démocratiquement à la tête de l'Etat sauf que ses mains ne sont pas blanches ; celle qui s'est hissée au sommet de la société par des méthodes de louve acquises au milieu de la meute aura-t-elle assez de discernement pour mater cette dernière et pour s'élever au-dessus du système de corruption ? La pieuvre lâche rarement sa proie.
Benoît Vitkine prévient son lecteur : "Olena Hapko n'existe pas. En tout cas, elle ne porte pas ce nom. En tout cas, elle n'est jamais devenue présidente de l'Ukraine. [...] Les Loups n'existent pas davantage, pourtant leur emprise sur l'Ukraine est indéniable. Ils contrôlent les médias de ce pays, son industrie, ses députés." Celui qui a obtenu le Prix Albert-Londres pour son polar "Donbass" sait très bien de quoi il parle. J'ai retrouvé dans ce roman toute la violence, toute la complexité, toute la débrouillardise, toute l'absence de formalisme et toute la désespérance des Slaves, de ceux que j'ai pu rencontrer ces dernières années lors de voyages réguliers en Russie. Le roman est juste, réaliste et percutant ; pour cette raison, il est perturbant.
Lire "Les loups" - publié la veille du conflit russo-ukrainien - c'est s'enrichir d'un éclairage complémentaire pour mieux comprendre la crise géopolitique dramatique qui a éclaté sous nos yeux incrédules d'Occidentaux.