Un long roman historique qui débute en Italie au moment des guerres d'indépendance menées par Garibaldi (ayant amenées la réunification du pays et la constitution du royaume d'Italie) et se poursuit en Amérique du Nord au moment de l'élection d'Abraham Lincoln et de la guerre de sécession.
De Castellammare à New York on suit la famille Montalto, qui émigre dans l'espoir de réaliser les opportunités commerciales imaginées par le patriarche de la famille.
Comme dans tout bon roman historique on y trouve pléthore de personnages aux destinées différentes, certains en quête de voir leurs rêves se réaliser, d'autres en quêtes de vengeances ou d'émancipation.
C'est très réussi de ce point de vue là, chaque personnage est intéressant à suivre, aucun n'est traité de moins bonne manière, chacun est plutôt développé, même les personnages féminins au dessus desquels plane pourtant l'ombre du patriarcat et de la misogynie. C'est notamment le cas pour Rosaria, dont l'ambition égalera vite celle de son mari au charme incommensurable ; elle affirmera très vite son caractère en constituant une banque à destination des émigrés italiens, bravant de fait les obstacles politiques et économiques dus à son genre.
Ugo Barbara parvient toujours à reconstituer finement les rapports de couple, de domination entre l'homme et la femme, la place qu'ils occupent entre le mari et l'épouse, sans jamais tomber dans le cliché du mari macho.
Il crée aussi des personnages plus sombres comme Rocco Trupiano, voulant venger la mort de son frère, lancé dans une odyssée destructrice, et qui découvre ce qu'est l'expression des sentiments, avec l'abandon que ce que cela implique et la fragilité qui l'accompagne. Lui qui ne connaissait que la violence et la fierté exacerbée.
La partie historique complexifie et densifie le tout mais n'est pas inintéressante, c'est plutôt que l'auteur omet toute didactique et laisse sur le carreau le lecteur qui ne connait pas grand chose de cette époque et des ces pays. C'est dommage de ne pas expliciter et donner un peu plus de contexte afin d'accompagner le lecteur et de l'intéresser davantage à ce qui reste finalement secondaire dans le récit.
Quoiqu'il en soit Les Malarazza remplit son office de roman historique solide, prenant à lire car il se passe continuellement quelque chose (rares sont les temps morts) et mettant en scène des personnages réussis et variés.
Il est juste dommage que les évènements historiques (bien incorporés au récit certes) ne soient pas plus éclairés afin d'inciter le lecteur à s'y intéresser et à l'amener à comprendre leur influence sur les choix des personnages et les évolution de l'époque.