Un écrivain devrait savoir distinguer ce qui relève dans ses écrits de l'inspiration et ce qui franchit la limite du plagiat. Avec un tel titre et un tel pitch de l'éditeur, je pensais que le roman "Les rêves de nos mères" serait clairement engagé pour la cause de l'émancipation des femmes avec un aspect historique marqué.
Il n'en est rien, bien au contraire. Si cela peut faire vendre car dans l'air du temps, il ne suffit pas d'évoquer l'existence des suffragettes pour étiqueter un roman "féministe". Surtout quand ledit roman n'est en réalité qu'une romance qui reprend tous les codes de la série Downton Abbey, saison 1 : le monde ancillaire (le majordome, le chauffeur, les femmes de chambre, la cuisinière...) et le grand domaine aristocratique anglais avec trois figures féminines majeures (la conservatrice, la libre-penseuse et celle entre les deux à laquelle seule une grande passion amoureuse permettra de déroger à sa classe).
Côté Histoire, un léger vernis insuffisant à catégoriser ce roman parmi les romans historiques.
Côté romance, beaucoup de guimauve.
Si les violences conjugales tiennent une large place, la pensée progressiste féministe est totalement absente, à tel point que Lady Emily Allen, la plus rebelle et indépendante des figures féminines du récit, renie ses convictions pour finalement rentrer dans le rang de l'amour conjugal. C'est un peu comme dans "Shreck" quand la princesse Fiona doit elle-même devenir un monstre pour convoler en justes noces ; ça détruit complètement le message des différences qui peuvent s'associer. Au final, c'est le "qui se ressemble s'assemble" qui l'emporte, dans un conformisme grand teint.
Bref, voici un roman qui fera passer un moment de lecture plus divertissant qu'édifiant à tous les amoureux de Downton Abbey mais qui m'aura personnellement laissée sur le bord de la route.