Ce deuxième tome poursuit brillamment la fresque familiale entamée dans le premier volume. La mort du père marque un tournant majeur, traité avec une intensité rare. Peu de récits, depuis La Mort d’Ivan Ilitch, parviennent à exprimer avec autant de justesse l’effroi face au néant, tout en explorant les répercussions sur les proches entre soulagement, confrontation intime et miroir de leur propre finitude.
La seconde partie du roman s’ancre dans l’été 1914, à la veille de la Grande Guerre. Roger Martin du Gard y déploie une galerie de points de vue, allant des milieux socialistes aux cercles bourgeois, souvent aveugles aux bouleversements à venir, trop absorbés par leur confort et leur quotidien. Mais à mesure que le récit avance, la réalité historique s’impose, et les personnages commencent à prendre conscience de l’ampleur du drame qui se profile.
L’écriture reste d’une grande finesse, portée par une introspection toujours juste et nuancée. L’auteur parvient à mêler l’intime et le collectif avec une élégance rare, donnant à ce tome une profondeur humaine et historique remarquable.
On ne peut qu’espérer que le troisième tome soit à la hauteur de cette réussite.