J'ai terminé depuis bien longtemps "Les Trois reliques d’Orvil Fisher" de Thierry Di Rollo, un auteur pour lequel j’avais une grande estime il y a quelques années après avoir lu "La lumière des morts", "La profondeur des tombes" et son recueil de nouvelles "Cendres" (parut par l’entremise du petit site d’ActuSF). Un écrivain de SF français désespéré – dans l’écriture en tout cas – qui avait réussi le tour de force de me mettre mal à l’aise à la lecture de ses écrits. Seulement voilà, le périple de mister Fisher ne m’a pas convaincu.

Pourtant le tout s’engageait sous de beaux hospices : les premières scènes à Lucité, ville-ruine, où la crasse et l’eau croupie luttent de concert avec la pollution contre les hommes, sont finement dépeintes. Les changements de personnages (donc de courtes histoires de vie) s’enchaînent au rythme des balles du sniper qui déciment un à un les habitants d’un building. Et c’est là qu’on découvre Orvil, lui qui perd ces grands-parents sans rien y comprendre plus un bras par la même occasion. Mais Orvil on l’aura pas comme ça, oh non. Il va le chercher ce bâtard qui a buté sa famille. Il va même y passer un putain de nombre d’années avec son nouveau bras nano et quelques animaux. En cela les habitués de l’auteur retrouveront facilement leur marque : les bêtes sauvages chez Di Rollo accompagnent toujours l’homme dans sa chute. Parfois en l’y poussant un peu, parfois comme simples compagnons de voyage. La suite du roman est plutôt floue, elle manque de profondeur la plupart du temps. Di Rollo se complait quelque peu dans ce style qui l’a fait connaître : c’est bref, concis, sans espoir et en général ça crève la bouche ouverte (mais en silence) sans que personne n’en ait vraiment grand chose à foutre. Très similaire à ce qu’il a fait avant donc. Il faut aimer. Et d’habitude, moi, j’aime.

Malheureusement, Di Rollo ça n’est plus aussi désespérant qu’avant. Peut-être parce que j’ai changé, peut-être parce que le style, la tentative de dépeindre un monde mort, inhumain, manque d’approfondissement. Sans doute aussi parce que Di Rollo se répète un peu trop d’un bouquin à l’autre et qu’une fois passé la première claque on est déjà rôdé pour tout ce qui va suivre. On soulève les bâches et c’est toujours le même mobilier, identique, qu’on retrouve chaque fois dans le même état. Et puis c’est trop court.

Les Trois reliques d’Orvil Fisher n’a ainsi rien de transcendant et nous fait passer un bon moment avec peine. On relira donc "La profondeur des tombes", livre bien plus sombre et plus efficace dans le même genre.
Valmy
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le 15 janv. 2014

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