Très surpris et très content de ce petit roman d'à peine 145 pages (et méconnu sur SC) qui nous emmène du Mexique à la Réunion dans l'intimité d'une étrange famille dont le destin est lié aux vanilliers du titre. Le roman est en effet une narration très très libre de l'introduction au XIX ° siècle de la vanille à la Réunion, une affaire assez catastrophique à l'époque puisque les plantes refusaient de se reproduire. Georges Limbour va nous raconter comment Jenny la fille d 'un archéologue peu futé, va faire découvrir la vanille au chocolatier Van Houten, et comment un jeune esclave, Edmond, va découvrir, lui, le moyen de polliniser artificiellement la plante.
Bien que le roman s’inspire de fait réels (Van Houten est bien le chocolatier auquel vous pensez), il ne s'agit pas ici de faire dans l'histoire naturelle. Le vrai propos du livre touche bien davantage à la fertilité dans son ensemble, son mystère et ses rites, celle des plantes comme celle des humains. Il est question ici d'une famille bizarre, noire et blanche, maîtres et esclaves, au sein de laquelle amours adolescentes, rivalités amoureuses, naissances "miraculeuse" et jeux érotiques vont bon train.
Le livre est carrément bizarre, d'une écriture qui bouscule, à la fois précieuse et lourde, tapissée d'expressions qui surprennent. La narration s'intéresse parfois à Jenny la jeune héroïne, pour l'oublier ensuite et se tourner vers Edmond ou encore vers la Jeannette une jeune fille éprise de ce dernier. Le livre mélange saga familiale, roman exotique, coup d’œil historique. Il y flotte la lourde torpeur des climats tropicaux, des malédictions orientales, des destins entraînés, torpeur balayée parfois par l'apparition magique ou inquiétante des grands voiliers. La mort rôde aussi sur l'île, au détour de combats de chats, de cimetières d'oiseaux mouches, de cadavres d'insectes. Ce livre étonnant contient sa part de magie noire et de symbole baudelairiens.
Assez bluffé je dois dire par ce roman apparemment oublié qui déploie pourtant une histoire envoûtante et bien menée tant dans son historicité que dans sa face magique, le tout dans une langue désuète mais au "parfum" obsédant. Une très bonne lecture que je vous recommande.