Premier roman de Yasmina Khadra pour moi, attiré au départ par le bouche à oreille mais surtout par le fait que le livre aborde la Première Guerre mondiale à travers le regard des tirailleurs algériens, un angle relativement méconnu et souvent peu traité dans la littérature.
Malheureusement, seule la première partie du roman se consacre réellement à cet aspect. Elle permet d’apporter un éclairage intéressant sur la Grande Guerre vue depuis ces soldats venus des colonies, sans pour autant renouveler profondément le genre.
Le cœur du livre se situe ailleurs. Nous suivons surtout le parcours initiatique d’un jeune berger d’un douar algérien qui, au fil des épreuves, traverse une succession de malheurs avant d’entrevoir enfin une forme d’apaisement et de réconciliation avec lui-même.
La structure du récit reprend finalement les grands canons du roman initiatique. Les épreuves s’accumulent progressivement, les rares moments de joie sont aussitôt suivis de nouvelles chutes, les trahisons jalonnent la route. La présence d’une voyante qui annonce très tôt ce qui va advenir enlève même une part de suspense et donne parfois l’impression d’attendre simplement que le personnage traverse les épreuves annoncées avant d’atteindre sa transformation.
Le roman a néanmoins le mérite de faire voyager le lecteur en Algérie et de donner à voir certaines coutumes et réalités sociales. Par moments, l’ensemble rappelle un croisement entre un récit sur la Grande Guerre et une forme de quête initiatique à la manière de Shantaram de Gregory David Roberts. La comparaison s’arrête cependant assez vite, car l’ensemble reste moins maîtrisé et moins profond sur le plan philosophique.
Il reste au final un roman agréable à lire par moments, porté par un cadre et une histoire qui peuvent séduire, mais qui laisse l’impression d’un potentiel seulement partiellement exploité.