Bonjour.
Notre époque m'ennuie. La vôtre, la mienne, dans leurs différents et leur désespérance à la recherche du bonheur, à travers, entre autres, le sentiment et le vocabulaire qui nous font si différents en miroir les uns des autres. Complètement à l'envers.
Alors, oui, c'est ça, " Les Vivants", génération après génération. Et il y en a assez de lire ce qu'il est probable que vivent les vivants qui n'ont de problèmes que de ceux qui n'en ont pas, sinon ceux de tout le monde, depuis qu'existent parents et enfants, hommes et femmes, filles et garçons, et le psy pour renouer ce lien que la religion a laissé claquer.
Alors, on met en salade quelques pièces du théâtre classique, on bidouille le décor et on rejoue la saga réactualisée des familles, des jeunes qui ne savent pas et des vieux qui savent qu'ils ne savent plus.
Tout ça est moyennement écrit, en sacrifiant par moment à l'humour et aux bons mots convenus "mouillés d'acide". Un tableau de famille branlant de notre siècle, en noir et blanc colorisé, pas vraiment convaincant. Beaucoup de bons éléments standard pour une mayonnaise qui ne prend pas : ratée, et ça prend la tête. Forcément.
Pourtant, on peut le répéter, tous les éléments sont crédibles et la salade composée devrait ouvrir les appétits qu'en fait elle gave dès les 60 premières pages jusqu'au bout de ce constat d'un supposé ratage de nos vies.
Nos vies ? Qui nous a dit que c'était le paradis ? et que nous serions des anges ?
Nos vies ne sont ratées que de ce que nous en avions fantasmé, parce qu'il est dit (où ça ?) qu'on doit faire sa vie.
La vie dans son impossible réalité est un miracle que l'on voudrait à sa pointure, de marque, en plus si possible. Hors de prix. La pantoufle de vair, quoi.
Pendant ce temps, ce qui n'a pas de prix, nous le gâchons, fatalement. Et qu'est-ce que c'est ? Vivons-le. On verra bien. Et c'est l'essentiel.
Mais le lire ainsi me fait perdre mon temps et le moral. La vie n'est noire que de nos idées et de l'encre dont on nous abreuve parfois. Le reste, et je me répète, est un hasard miraculeux. Alors, quand ça ne marche pas toujours, ce miracle qu'on nous doit, que l'on exige, n'existe plus. C'est une idée d'enfants gâtés, gavés de licornes et d'histoires en jeux vidéo à vies multiples renouvelables, stéréotypées et bon marché.
Vivre ? Sortons de nos écrans, voire de nos livres. Et surtout de nous-mêmes. Il y a fort à faire.
Pardon pour cette colère qui ne me vient qu'en écho de cette violence commune, quotidienne, que redistillent ad nauseam certains ouvrages. Pour nous mener où donc ?