L’Histoire est connue de tous les fans de Tolkien : le célèbre auteur, amoureux de fantaisie, de rêverie, mais aussi de douceurs pour les enfants, décide de sublimer le mois de décembre de chacun de ses descendants en leur offrant à Noël, de 1920 à 1943, de fausses cartes écrites par le Père Noël en réponse à la liste de cadeaux souhaités par les jeunes Tolkien.
On imagine sans peine la joie féerique de ses enfants, les uns après les autres. Les années ont passé, John qui n’avait que 3 ans à la découverte de sa première lettre en avait 26 pour la dernière, adressée à sa jeune sœur, Priscilla et on ne peut qu’aisément penser au regard plein de tendresse des aînés au fur et à mesure qu’ils comprirent que la seule magie de ses lettres était l’amour de leur père.
Pleines de tendresse et d’un amour parental fort, les lettres racontent la vie du Père Noël à travers différentes aventures. La première partie des lettres se basent principalement sur les manipulations maladroite de l’Ours Polaire. Cet effet ne dure qu’un temps, et très vite, Tolkien décide de développer l’idée d’une menace gobeline, permettant à travers les années d’amener un véritable scénario, tout en gardant bien entendu la maladresse de l’Ours Polaire. Cela lui permet également d’amener les elfes du Père Noël. Enfin, et peut être le plus important, les dernières lettres gagnent une dimension historique et sombre avec l’ombre de la Guerre qui s’étend jusqu’à la dernière lettre où le Père Noël dit au revoir à Priscilla, trop vieille pour cela …
L’oeuvre a donc une dimension sérieuse et une certaine profondeur. Pour autant, elle n’est pas exempte de défauts. En effet, nous ne sommes pas face à un vrai livre. Il faut bien comprendre que jamais Tolkien n’a réellement envisagé une publication de ces lettres et la forme même en souffre. Le but n’est pas d’être lu d’un bloc mais d’en lire une par an, de la lire, de la relire, de relire les précédentes … Puis d’attendre ! Par définition, le format fait perdre une grande partie de la magie.
Ensuite, si l’on appréciera la douceur, je trouve que l’on est dans quelque chose de bien moins travaillé que d’autres textes ayant cette ambiance chez Tolkien, comme Roverandom. Là encore, c’est normal : le but n’est pas cela. Ici Tolkien veut amuser ses enfants.
On retrouvera toutefois plusieurs éléments typiques de Tolkien : les langues fictives (le gobelin en premier et le plus important, mais on notera une petite présence d’elfique), le mépris des Gobelin, une certaine présence magique.
Le plus grand avantage est évidemment la présence des photocopies des lettres et des dessins. On appréciera les talents d’illustrateurs de Tolkien qui, plus d’une fois, font mouche ! Les lettres à la main permettent de mieux comprendre l’humour de Tolkien, les jeux de mots, mais surtout de voir les différentes formes d’écriture selon quel protagoniste écrit la lettre.
Plaisante dans la forme, doux dans le fond, et intéressant pour les fans de Tolkien, je pense cependant que si l’on replace le livre dans une vision littéraire, l’intérêt est diminué :
L’histoire est si simple qu’on peut à peine appeler cela un vrai récit, la forme n’est clairement pas celle d’un livre, le style est trop souvent survolé. En somme, on ne peut que reprocher d’imaginer lire ce livre comme un livre. La question se pose d’ailleurs : des gens qui ne sont pas fans de Tolkien l’ont ils lu pour lui-même ? J’avoue en douter …
Pas inintéressant, mais loin de l’excellence, ce livre est surtout voué aux amateurs de Tolkien qui veulent de la douceur.