Première rencontre tout à fait concluante avec l'autrice canadienne Nancy Huston.
"Lignes de faille" est un roman à la construction narrative originale, premier bon point. Quatre récits, espacés chacun de vingt ans, remontent le temps, de nos jours jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, suivant la lignée généalogique d'une même famille.
Quatre narrateurs, tous âgés de six ans, qui témoignent, avec leurs mots, de ce qu'ils vivent, qu'il s'agisse d'événements historiques ou de leur simple quotidien.
A travers leurs voix se dessine un récit à entrées multiples de plus grande envergure, donnant une vue panoramique sur le sens de la vie et sur sa violence, ordinaire ou extraordinaire.
Ce que j'ai apprécié tout particulièrement c'est le style de l'autrice qui m'a vraiment embarquée. Ensuite, ça a été le fait qu'en l'espace de quatre générations, Nancy Huston démontre l'évolution spectaculaire des contextes sociaux et sociétaux, l'évolution des moeurs, des mentalités, des attentes. Avec pourtant, comme fil rouge, la violence : celle des non-dits, des dissimulations, des guerres, des oppositions d'opinions.
"Lignes de faille" porte en lui une grande dimension dramatique qui s'intensifie - sans surprise - lorsque le récit se focalise sur la Seconde Guerre mondiale et traite sous un angle nouveau d'un sujet peu traité en littérature : l'enlèvement par les nazis d'enfants étrangers destinés à implanter durablement et génétiquement la race aryenne.
Mon chemin de lectrice recroisera sans doute avec plaisir Nancy Huston.