Il y a des livres qu'on aimerait avoir lu plus tôt. Après avoir sorti son chef-d’œuvre Anna Karénine, Tolstoï, la cinquantaine, ne se retrouve plus dans le monde mondain matérialiste et athée pétersbourgeois qu'il trouve désormais médiocre. Lui qui pensait avoir un sens à sa vie : la gloire, l'argent, la reconnaissance. Il se sent aliéné par un monde dans lequel il se sent désormais étranger dénué de sens à l'approche de la mort (même s'il vivra trente ans après ce livre). Il écrit donc "sa" confession ou comment il s'est retrouvé une spiritualité dans ce court ouvrage.
Tolstoï s'acharne à retrouver ce sens perdu, il finit par revenir à la foi religieuse, qu'il avait perdue très simplement au sortir de sa jeunesse. Pour ce faire il s'emploie philosophiquement à comprendre pourquoi les sciences appliquées sont incapables d'apporter une réponse au sens de la vie. Pourquoi ne doit-il pas mettre fin à ses jours (en amorçant la question camusienne de l'absurde un demi siècle avant l'intéressé).
Notre sagesse, quelque indéniable qu'elle soit, ne nous a pas donné de connaître le sens de notre vie ; tandis que toute l'humanité qui fait la vie, des millions d'êtres, ne doutent pas de son sens
L'essai se lit comme un roman, on veut savoir comment Tolstoï a fait pour se sortir de sa crise existentielle et on découvre que c'est en se concentrant sur la vie simple des travailleurs croyants au détriment des bourges athées et des scientistes voltériens qu'il va retrouver cette foi. On ne peut avoir que de l'amour pour cette profession de foi envers l'Humanité. D'autant plus qu'il nous fait part de ses difficultés par la suite de suivre l'institution de l’Église russe orthodoxe qui persécute les autres religions chrétiennes et applique la peine de mort.
Tolstoï vulgarise à sa façon la philosophie métaphysique, se prononce contre la peine de mort (il n'est pas convaincu par le progrès de manière absolue); il appelle les sciences humaines "demi-sciences" (j'ai beaucoup aimé). Pour un premier Tolstoï c'est pas mal !