En voilà un bouquin que j'ai gardé dans un coin de ma bibliothèque sans jamais y toucher, de peur que je sache quand je le commence, mais que j'ignore quand j'en viendrai à bout...
Les premières pages ont été sympathiques, la description des personnages ne s'attarde pas trop, j'ai beaucoup apprécié la description de la catastrophe, très longue comme si ça n'allait jamais s'arrêter, et la torture physique, et mentale...
Le monde est maintenant réduit à néant. Seul a résisté le château de Malevil dans lequel nos compagnons vont y élire domicile... Malheureusement, la tâche est difficile. Tout est à reconstruire, étables, élevage, cultures... à tel point qu'on sent un récit plutôt sombre et pessimiste.
Il n'en est point.
Robert Merle semble être un gros cynique. Et Emmanuel Comte a l'air d'être une extension de lui-même avec tous les pouvoirs du narrateur qu'il lui échut. Un personnage sûr de lui, pratiquement omniscient, capable de gouverner/manipuler d'une main de maître toute une foule de personnages, sachant manier le fusil, le verbe, l'art de l'agriculture, de l'élevage, il pense à tout et n'oublie rien, il sait lire dans les cerveaux des gens, et il sait exactement quoi faire pour la suite. Bref... vous l'aurez compris... On a encore le syndrôme du narrateur qui ne sait pas se distancer du récit et qui, sous couvert d'une critique sociale/politique, va en faire des caisses pour suranalyser tous les travers de tout le monde toutes les deux secondes, à tel point qu'on a bien du mal à trouver quelqu'un qui ne soit pas une caricature de lui-même dans ce beau merdier... Non, on a l'impression d'être dans le bal des casse-pieds !
En revanche, là où s'arrête le cynisme, c'est quand il introduit l'un des personnages féminins les plus... euh... clichés... La jolie fille muette qui s'offre à tous les hommes de Malevil.
Mais afin d'oublier toute cette naïveté sortie d'un roman de gare, Merle introduit le personnage de Fulbert et là, on a le catalogue du cynique qui a implanté tous les défauts de la société française en un seul personnage.
Vous voyez où je veux en venir ? C'est pessimiste au début, puis, c'est cynique, ensuite, naïf, et retour au cynique jusqu'à la fin du bouquin. Le vilain Fulbert a lancé des hordes de pillards sur Malevil.
Malheureusement, Emmanuel Comte est trop fort ! Et tous les problèmes que Malevil va rencontrer, vont être rétrogradés en petite nuisance grâce à ses neurones de narrateur qui a pensé à tout, assis le cul sur sa chaise, un petit verre d'eau sur le côté et un cassoulet à sa gauche. Un seul personnage mourra... Et c'est mieux comme ça, j'en avais marre de lire des mots qui ne voulaient rien dire.
Pourtant, le personnage du jeune facteur aurait pu donner du grain à moudre dans la machine à critiquer Emmanuel... Il n'en est rien. Ses petites interventions entre les chapitres n'apportent pas grand chose au récit honnêtement... Si seulement on avait l'impression de voir le futur avec.... Niet.
Mon dieu, quel fin. Fulbert fustigé, son plan a réussi autant que s'il avait essayé d'empoisonner quelqu'un en pétant dans la pièce d'à côté. Les méchants de la bande de Vilmain meurent trop rapidement, trop facilement, et je suis bien d'accord pour dire que c'est plus réaliste comme ça mais bon... Vous savez... On peut pas tout prévoir... On peut pas tous être Emmanuel Comte !
Après, la fin a sauvé un peu les meubles. Son cynisme est revenu en flêche mais au moins, il permet de tempérer la malveillance de Fulbert, le village est tout de même rempli de gros cons. Et à Malevil, le futur n'est pas joyeux, joyeux. Des personnages meurent, d'autres partent tandis qu'un autre devient un tyran. On a l'impression de voir un peu le futur se profiler à l'horizon et c'est déjà un peu plus intéressant.
Bref, j'ai tout de même eu l'impression de voir le film Le bal des Casse-pieds une seconde fois.