Une terre aride, qui peine à nourrir ceux qui y travaille, un trio de personnages peu bavards, avec au centre cette toute jeune fille qui porte en elle le poids des non-dits familiaux, et l’exprime en mutilant son propre corps. Malu est, elle aussi une solitaire, élevée par son père et sa grand-mère, ignorante de ce qui s’est passé des années plus tôt. La disparition de sa mère ne lui a laissé que peu de souvenirs.
La grand-mère vieillit et perd le fil : ses souvenirs s’évaporent et elle semble parfois se perdre dans un monde parallèle difficile à comprendre pour son entourage. Malu découvre pourtant des traces d’un passé que l’on n’évoque jamais : des photos, en grand nombre, qui démontrent l’amour de celle qui les a faites, pour le détail qui fige une impression, un sentiment.
Il ne faudrait pas oublier Sola, le chien fidèle, témoin des vaines tentatives de Malu pour honorer les dépouilles des agneaux mort-nés.
La lecture de ces pages empreintes de poésie, laisse une impression de sépia, qu’illustre bien le paysage morne d’une campagne aride et peu généreuse. C’est dans ce décor sec que s’épanouit l’héroïne, et tout en cherchant la réponse à ses nombreuses questions.Même si l’on comprend que cette histoire s’inscrit dans une temporalité actuelle, aux alentours du changement de millénaire, le thème est suffisamment universel pour s’affranchir des repères chronologiques. Malu ne s’engouffre pas dans la frénésie technologique de ses contemporains. Elle fait corps avec la terre, la nature, tissant des liens avec les animaux et cherchant les indices de son histoire dans les silences de ses proches.
Beau personnage romanesque, dans un cadre de fin de règne, et peu d’issue pour rebondir, si ce n’est par la compréhension de ses origines.
Le roman est court, mais suffisamment développé pour en comprendre les enjeux.
Un premier roman déroutant et attractif .