Il me semble que je dois faire mon coming-out par rapport à mon désamour pour Jane Austen.
J’ai tellement aimé le film Orgueil & Préjugés. J’ai tellement tellement voulu être cette fille/femme qui serait différente des autres et trouverais son homme différent des autres. J’ai tellement voulu me penser plus intelligente, plus bonne (dans le réel sens de bonté), plus futée, plus drôle + + + toujours + qu’il était bien temps que je redescende.
Jane Austen vient trop flatter cette idée et c’est délétère pour la construction d’une jeune femme. En étant le personnage principal de nos vies, je ne vois pas comment on ne peut pas croire qu’on est cette héroïne piquante et parfaite qu’on lit tout en ayant le culot de se croire en plus modeste.
Bref, de base, ayant aimé le film j’avais lu et aimé le livre Orgueil et Préjugés qui a été plutôt respecté à la lettre.
Puis je me suis dit que c’était trop mon truc ce type de littérature anglaise.
Puis en plus y a un petit côté fille parfaite sensible et délicate à aimer Jane Austen.
Puis j’ai acheté une collection de ses bouquins en anglais pour tout lire et un peu pour faire genre.
Puis un livre.
Puis deux.
Puis trois.
Puis ça fait des années que je rechigne à venir au suivant à chaque fois. Parce qu’en vrai…
Dieu que c’est fade. Je ne saurais même plus dire de quoi parlent les autres bouquins tellement tout se confond dans un flou global. Tout est un peu la même chose, le même type de personnage, d’histoire, de configuration, d’idéal.
Là je me retrouve encore assommée par une histoire qui traîne en longueur alors qu’on a vite compris OK. T’es meilleure que tout le monde. Le gars que tu vises te donne pas l’heure. Il va être intéressé par une autre qui n’est qu’illusion et un jour par dépit ou à l’usure il va finir par réaliser qu’en fait tu avais toutes les qualités qu’il recherchait et que c’était toi la femme d’exception qu’il va vénérer. Puis cette finalité sera clôturé en deux lignes. L’important c’était de voir toute ta prévalence sur les autres. Et au final, ni toi ni lui n’avez vraiment de substance, on ne sait toujours pas réellement qui vous êtes.
C’est bien pathétique.
Et ce livre c’est vraiment ma limite je pense (je rigole il en reste un dans la collection, je vais sans doute me sentir obligée d’aller jusqu’au bout complétiste comme je suis).
Plus je suivais les aventures (aventures ? La morne existence plutôt) de Fanny, plus je me détestais.
En lisant je me suis dit « mais tu m’étonnes que je sois comme je suis ». Ça cultive cette arrogance qui ne s’assume pas. Cette langueur, cette passivité, cet attentisme. On ne choisit rien, on n’agit sur rien. On attend d’être choisie et que l’autre vienne être le moteur de notre vie. En attendant on ne vit pas et on reste spectateur en nourrissant seulement le monde intérieur de notre cerveau par l’observation et les rêves.
Beaucoup de seum transparaît, peu de l’histoire pourtant critiquée.
C’est quoi l’histoire ? Une fille qui paie pas de mine qui va du côté de sa famille riche et élégante. On va valoriser toutes les femmes autres que le personnage principal pour souligner toute ses qualités à elle lorsque le temps sera venu de présenter leurs chutes morales. Pour ce qui est des hommes, qu’ils soient bons ou mauvais, tous seront subjugués d’une manière ou d’une autre par elle.
Et le réel bon parti finira évidemment par la choisir parce qu’elle est si bonne voyez-vous.
Fin.
J’ai déjà commencé à oublier le peu d’aspérité qu’il y avait dans le récit. Ça m’a plus servi d’introspection qu’autre chose.